Continuer à travailler tout en étant malade en raison du harcèlement, est un exercice périlleux. Je n'arrête pas de tricher de manière à me trouver toujours sur le fil entre exercer une activité suffisante pour assurer ma sécurité financière, voire mettre un peu d'argent de côté pour payer un avocat en cas de procédure judiciaire, et parvenir à me reposer pour ne pas mettre le peu d'énergie qui me reste dans la ligne rouge. Je jongle donc, en inventant ici des indisponibilités et là des possibilités de travailler sans trop souffrir.

  Je n'ai jamais considéré le travail salarié comme un espace-temps épanouissant quoi qu'il en soit, mais plutôt comme une sorte d'épine dans le pied avec obligation d'aimer cette écharde gênante, et formelle interdiction de l'enlever avant 40 longues années (au bas mot), cependant j'ai toujours travaillé avec sérieux en y mettant tout ce que je pouvais comme cœur de manière à éviter l'ennui. Avec le harcèlement, c'est la double peine, et je me sens comme un funambule à un cheveu du vide à la moindre maladresse.

  Travailler chaque jour quand on ne sait jamais si on va pouvoir dormir, ni de quelle manière va être l'intensité des tirs d'ondes électromagnétiques, est difficilement tenable sur la durée. Les démangeaisons (sur le visage essentiellement), les reflux gastriques et autres hoquets provoqués au moindre mouvement, les douleurs fulgurantes à l'abdomen, les baillements intempestifs, toutes ces attaques quotidiennes contribuent à ruiner une santé déjà défaillante.

  Pourtant je dors mieux, mais l'épuisement est installé depuis trop longtemps que même cent ans de sommeil correct ne sauraient rattrapper. Je continue donc d'avancer à tâtons, en faisant semblant quasi-constamment d'être motivée, dynamique, volontaire comme tout salarié digne de ce nom mais la santé en moins. La question est de savoir la limite du leurre, et quand vais-je me trahir ? Pour le moment je tiens bon, gageons que cela dure encore un peu. Une chose est sûre, je ne risque pas de pouvoir me mettre en arrêt maladie, dans le sens où la raison de ma mauvaise santé est niée par les autorités.

  Les persécuteurs au-dessus de ma tête, l'air torve et le regard bovin, du moins c'est comme ça que je visualise la bêtise, continuent également de distribuer une foultitude de bruits, friands également de harcèlement sonore, emmurés dans leur pus de citoyens ordinaires, incapables de faire autre chose de leur vie ingrâte et inutile. Ainsi, bruits aériens, de moteurs en tous genre, éclats de voix, aboiement de chien et déclenchement de mes appareils électriques suivant leur bon vouloir, finissent de sinistrer cette gentille famille de névropathes, définitivement inapte à l'intelligence, et irremédiablement bête.

  Einstein ne me contredirait pas. Il faut décidément être profondément bête pour perpétrer ce genre de maltraitance scolaire, et parvenir encore, des années plus tard, à se satisfaire de la détention de ce petit pouvoir crasse, consistant à nuire pour le seul plaisir d'avoir le pouvoir de le faire. Et la faiblesse qu'induit le pouvoir dans ces cas là ? Mes voisins n'y pensent pas. Pourquoi ? Parce qu'ils sont trop bêtes justement, ce qui les épargne du pire... prendre conscience de leur bêtise. Vaste programme.

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