Hier soir, je suis rentrée du travail fatiguée comme à mon habitude, ayant oublié depuis belle lurette ce que voulait dire être en forme. Les hostilités sonores ont commencé aussitôt après avoir refermé ma porte d'entrée derrière moi, mais je les ai ignorées, faute de mieux et d'envie.

  A un moment donné, j'ai entendu une femme dans la rue dire à ce qui semblait être une copine, "Oh ! Je me suis fait mitraillée, bombardée !" en parlant de sa voiture soit-disant sale, ensuite, le silence total s'est installé durant un bref laps de temps dans mon logement. Je me suis permise d'en déduire, sans toutefois aucune conviction, que les deux bêcheuses participaient peut-être à mon harcèlement et que leur départ m'accordait un court répit avant la relève. Je n'ai fait que les apercevoir, malheureusement leur profil, à l'instar de celui des autres pions, est d'une futilité désopilante, ni laid ni beau, aussi lisse sans doute que leur cerveau, bref le genre de femmes qu'on oublie aussitôt vues.

  En même temps, je ne suis sûre de rien, mais si ces deux pauvres donzelles participent à mon harcèlement, je n'ai aucune chance de m'en sortir, car on n'a décidément aucune prise sur la bêtise, et je ne peux pas dire que durant les quelques secondes de leur présence sous ma fenêtre, elles respiraient l'intelligence, mais transpiraient plutôt la gouaille de jeunes filles post-pubères, les boutons en moins mais la finesse d'esprit restée à l'état larvaire, si j'en juge par leur comportement trivial et bruyant. Des personnes de ce type, on en trouve à la pelle sans qu'elles soient pour autant des harceleuses, alors le doute est permis quant à leur investissement dans ma persécution.

  Toujours est-il qu'après leur départ, et un court moment de tranquillité, un têtard, sous-entendu un pion qui s'ignore, est venu relever la garde et fit entendre un dix-millième bruit aérien au moment du coucher, en ayant au préalable dessiné des arabesques sur mon visage, provoquant des démangeaisons instantanées. Ce dix-millième bruit aérien finit de m'énerver et je programmais à peu près autant de sonneries que me promettait la nuit de tirs d'ondes électromagnétiques, avec un reflux d'intensité dès l'aube.

  Inutile de dire que je préfère cent fois subir un peu plus en ripostant et me défendant à coup de sonneries multiples, plutôt que subir peut-être un peu moins en restant passive.

hem mai 2018