Quelquefois, je les interpelle en pleine nuit et leur envoie une pléthore d'insultes à travers les murs. Cette longue échappée de vocalises me fait du bien, je l'assume, même si je sais que cela peut éventuellement me desservir. Mes dérapages verbaux me sont necessaires, et il me semble également indispensable, du moins dans mon cas, de retranscrire le plus fidèlement possible les sensations et autres ressentis aiguillonnant mon quotidien. C'est une question de survie, et l'occasion d'observer comment mon corps et mon cerveau y réagissent, en étudiant au passage toute possibilité future d'y faire face de la manière qui me semblera la plus efficace et selon mes moyens.

  La nuit du mardi 25 au mercredi 26 juillet fut calamiteuse, et cette fois je crois bien avoir eu à faire à des ondes que j'appelle ambiantes mais non pulsées, emplissant la pièce de basse fréquence, et provoquant un état grippal instantané, fièvre et nausée s'invitant au coeur d'un sommeil agité et parsemé de cauchemars. Ces derniers particulièrement terrifiants, caractérisent, j'imagine, ma propre maltraitance, mon subconscient créant malgré moi ces images monstrueuses de mes bourreaux que la réalité me refuse, réalité voulant que leur faciès soit des plus communs.

  Ne pas craindre de dire qu'on a peur à certains moments est déjà une victoire sur l'abomination. Refuser obstinément d'avoir le dessus, c'est déjà combattre, et rire à gorge déployée au point culminant de la maltraitance, un bonheur incontestable. Je refuse décidément de suivre la route toute tracée du guerrier dont les réactions sont aussi espérées qu'attendues. Je n'ai pas peur d'avoir peur. Ce qui me poserait problème serait de ne pas l'admettre. Je n'ai pas peur de dire que j'ai peur de moi-même. De ma colère je fais des noeuds, et j'y trouve mon compte.

  Peur des harceleurs ? Plus maintenant, depuis que j'ai vu au travers de leurs traits une banalité des plus humaines. Peur qu'ils me lisent, et éventuellement se satisfassent de leur oeuvre sur mon état de santé défaillant ? Nullement, au contraire, j'aimerais que mes mots se gravent sous leur crâne pour l'éternité. Le plus important pour moi est que l'information circule, quels que soient son caractère et ses contours et quel qu'en soit également le support.

  Peur des “fake” ? Non, je refuse de les voir partout, ce qui me permet un amplitude dans l'information des plus confortable. Aussi, je préfère mille fois me tromper sur une fausse cible plutôt qu'accuser quelqu'un d'être un fake de manière péremptoire, auquel cas, il me faudrait admettre que je suis potentiellement capable d'adopter un comportement similaire à celui des harceleurs.

  Chaque jour est donc un jour de travail à faire sur soi-même, afin de ne pas seulement se contenter d'être outré des tortures subies, mais éviter à tous les prix possibles d'emprunter le chemin de la vindicte et de la condamnation immédiates, premiers pas vers une compatibilité assassine.

  Enfin, avant de prendre congé de cet endroit pour un petit moment, je voulais faire le point sur ma situation, pour ensuite reprendre mon petit bonhomme de chemin tel que je l'ai commencé, avec l'espoir ténu mais néanmoins féroce de la fin de ma maltraitance.

  Je ne saurais conseiller autre chose à toutes les cibles que de continuer du mieux qu'elles le peuvent à résister à leur maltraitance, et de la manière qui leur semble la plus tenable, avec les moyens dont elles disposent, en n'omettant pas que chaque clin d'oeil au monde, dans la situation où nous sommes, est déjà en soi un acte révolutionnaire. Bon courage à toutes et tous !

Max frisch

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