Qu'éprouvent les individus qui me harcèlent lorsqu'ils m'envoient des décharges à distance ? Que se passe-t'il à ce moment au sein de leur cerveau de citoyen ordinaire ? Le harcèlement électromagnétique diffère des autres formes de torture, et adjuge à la lâcheté un caractère paroxysmique, en ce sens que les tortionnaires ne voient pas leur victime de visu, leurs yeux ne croisent pas les miens, ce qui permet de les distancier de ce qu'ils font, et de minorer la gravité de leurs actes.

  En 2010, des producteurs ont eu la bonne idée de reproduire l'expérience de Milgram sous forme de jeu télévisé. L'audience fut mauvaise, des plaintes furent déposées, et Boris Cyrulnik, psychiatre et neurologue, interviewé sur son avis quant au jeu, bouleversé, y a vu là un lien direct avec le nazisme. L'expérience de Milgram avait conclu à 62 % d'obéissants, sous-entendu, personnages capables d'envoyer de fortes décharges électriques à quelqu'un qu'ils ne connaissent pas, et uniquement par soumission à l'autorité, le jeu télévisé a récolté quant à lui 81 % d'obéissants.

  B. Cyrulnik ajoute : tous les « refusants » qui commencent à discuter la consigne précisent à chaque fois que, s'ils le font, c'est parce qu'ils se mettent «à la place de l'autre». Ce qui leur est tout bonnement impossible tant que l'autre ne manifeste pas sa douleur par des cris, ou son désir de cesser l'expérience et de quitter le jeu." Qu'en est-il dans le cas de personnes recevant des décharges électromagnétiques, le plus souvent la nuit, et qu'y voit les harceleurs ? Rien qui puisse les inciter à se mettre à leur place. Pour mon cas, où sont mes cris ? Qu'imaginent-ils de ma douleur, alors que je cherche en vain mon sommeil, et que chaque déflagration est aussi inaudible qu'invisible ?

  Dans "Le jeu de la mort" titre du divertissement télévisé comprenant 69 candidats, Cyrulnik précise qu'en réalité, un seul candidat sur 69 ne se soumet pas à l'autorité l'incitant à envoyer des décharges.

  Combien dans la famille qui règne en maître au-dessus de ma tête, ont refusé d'obéir à celle qui mène la danse, et quels éléments de ce troupeau docile m'envoient les plus fortes décharges ? Y en a t'il seulement un qui a refusé de se prêter à ce petit jeu familial monstrueux ?

 

Des citoyens ordinaires, au-dessus de tout soupçon,
à l'instar de mes voisins.