Avec les années, j'ai pu voir son sourire s'élargir à mesure que ma santé déclinait. Elle est jeune et jolie, vient d'avoir un enfant, et semble respirer la vie à plein poumons, alors que les miens sont en peine. Que lui manque-t'il donc ? Le pouvoir de briser une autre femme, c'est ça ? A l'instar de son compagnon, elle brandit la nuisance que je semble représenter pour ce jeune couple comblé et leurs enfants, comme un virus qu'il faut éliminer à tout prix.

   Je suis devenue, à moi toute seule, la raison de tous leurs maux passés, présents, et futurs. Le fait de disposer d'un matériel permettant de me torturer à leur guise, nécessite de trouver, à tout prix également, une raison valable de l'utiliser, cette raison ce sera les enfants qui en feront les frais. Les enfants donc ? c'est une hypothèse, en tous les cas, un prétexte imbattable, et une possibilité pour les parents de satisfaire leur besoin de protéger leurs petits.

   Tout ce petit scénario s'est construit dans leur tête, préalablement moulée à commettre le pire. Il ne manquait plus que les éléments permettant à leur haine de s'exprimer enfin. Un contexte favorable, un élément non reconnu comme viable apparaissant dans leur proximité immédiate, aura suffit au mécanisme pour se mettre en branle. En l'espace de quelques jours, je suis devenue la voisine qui dérange, les petites réunions de famille et d'amis au QG du coin, aiguisant soigneusement l'aversion de tout ce petit monde envers moi-même. Je me suis retrouvée au centre des discussions, j'ai révélé bien malgré moi les appétits enfouis, voire dérangeants, lesquels ne se seraient jamais déclarés sans une conjugaison d'artefacts, au psychisme frelaté d'une bande de détraqués, s'affichant comme une famille.

   J'insiste sur leurs troubles mentaux, dans le sens où, pour accepter sans sciller d'utiliser contre une personne, un matériel qui permet d'agir à distance sur le corps de cette même personne, et sur son cerveau, de décider de son sommeil, de son confort, de sa santé en général,  il faut être psychologiquement dérangé. S'afficher comme une famille respectable n'enlève en rien les désordres mentaux qui en caractérisent les différents éléments. L'effet de groupe s'occupe du reste.

   Le fait est que derrière un de ces charmants minois d'apparat se niche une pourriture, gloussant à chacun de mes étouffements nocturnes qu'elle aura provoqué. Rien dans son apparence, au travers de son séduisant profil et de sa toute récente maternité, ne permet de savoir que cette jeune femme est une sadique, ordinaire, mais sadique tout de même. C'est forcément moi qui suis schizophrène, et le matériel utilisé à ma persécution n'existe pas.

   J'aurais donc inventé de toute pièce la propension de l'homme à être mauvais ? Mes voisins n'ont, certes pas pu bénéficié d'un contexte de guerre pour exercer leur cruauté, ils auraient pu s'en passer d'ailleurs, mais les circonstances jouant en leur faveur, ils en ont profité, dans un contexte de paix, en plein cœur d'un petit quartier tranquille, là où la torture peut s'exercer sereinement. La vie leur rendra-t'elle mes étouffements multiples, et de quelle façon ?

   J'aimerais que le couple de pétochards qui me persécute cherche désespérement son air, que le souffle leur manque, que leur respiration n'émette plus qu'un sifflement indistinct, j'aimerais qu'ils s'étouffent dans leur propre bile. Mais qui a dit que la vie était juste ? Une chose est sûre, la lâcheté rend laid, il suffit de la débusquer pour en apercevoir toute l'hideur.

TIday2019(1)