le-combat-de-rosa-parks-photo-18

   Pour rappel, le 1er décembre 1955, Rosa parks, afro américaine âgée alors de 42 ans, se vit infliger une amende de 15 dollars parce qu'elle avait refusé, assise dans un autobus, de laisser sa place à un blanc.

  Si cette stigmatisation, accompagnée d'un comportement profondément arriéré contre la population noire, sévit encore de nos jours de manière moins admise, voire réprimandable d'un point de vue judiciaire, mais néanmoins encore bien présente, c'est parce que l'homme n'est pas un être civilisé, mais un être binaire, fonctionnant encore avec ce cerveau reptilien, lequel lui ordonne de procéder à un tri sélectif quant à ses congénères, dès son plus jeune âge.

   Ce fut le cas, et ça l'est encore envers les populations d'origines ou de réligions différentes, visiblement contraires à celles préconisées par le diktat sociétal et capitalisé de notre époque, mais également envers les orientations sexuelles qu'un type d'être humain, vanté comme étant le modèle à suivre ne considère pas comme normé, et donc voué à l'ostracisme. Sont venues s'ajouter avec le temps, d'autres formes de stigmatisations plus souterraines, sociologiquement encore à l'état embryonnaire, mais en passe de devenir un véritable fléau envers certaines catégories de la population comme les chômeurs de longue durée, les femmes sans enfants (dites aussi vagins vides), ou célibataires sans le sou avec enfants, d'individus ne possédant pas de voiture ou voiture peu côtée, d'un statut social peu valorisé, et/ou ayant des relations interpersonnelles quasi-nulles. Ce ne sont ici que quelques exemples mais ils y en a d'autres...

   L'individu normé, correspondant désormais et sans doute à l'aide d'algorithmes savants, à l'idéal du modèle fomenté par un système dédié à la construction de cet idéal, a déjà connu ses années de gloire avec la montée du nazisme et la race aryenne créée par ladite dictature. Aujourd'hui, nous nous plaisons, fiers de notre évolution cognitive, et persuadés de notre supra-intelligence, à aborder cette sombre période de l'histoire comme un passé définitivement révolu. C'est loin d'être le cas.

   Les ravages que l'on connait dans le harcèlement scolaire, le harcèlement au travail, le harcèlement conjugal, le harcèlement électromagnétique/en réseau, et l'explosion des victimes, ne sont que les prémisses non pas d'une nouvelle race, mais celles de l'éclosion d'une nouvelle espèce disons plutôt, délestée de ses résistants, et exigée par un système dont les fondements reposent sur une nouvelle forme d'asservissement, d'obéissance aveugle, et autres critères tout aussi sélectifs que l'étaient ceux ordonnés pour intégrer la race aryenne, à quelque chouïa près.

  Tout le reste, comme mentionné ci-dessus, est considéré comme inférieur et potentiellement martyrisable. On peut ajouter les marginaux, toutes minorités sociales confondues, handicapés mentaux et physiques, sdf, individus diffcilement corruptibles, tout réfractaire au système, libertaires, etc.

   En revanche, le troupeau de jeunes quadragénaires qui me persécutent et leurs familles respectives ont de la chance, les divers éléments le constituant rassemblent l'intégralité des critères exigés par le système en place. Si je voulais verser un poil dans la science-fiction, je dirais que le programme DATA les a reconnus comme viables. Chouette ! Pour certains profils, ils peuvent même se permettre d'être noirs, à partir du moment où ils adoptent le comportement des blancs d'hier, et stigmatisent à leur tour suivant ce qu'ils croient être leurs propres critères, mais généralement soufflés par ceux qui les dominent. Ils sont la honte de Rosa Parks, et de toutes les autres figures des droits civiques s'étant battus avec leurs poings nus, et ayant versé leur sang pour gagner non seulement leur liberté, mais celle de leurs descendants.

   Hier soir, pour moi qui ne correspond pas au bon profil pour le coup, j'ai payé cher une incartade toute bête. Je me suis aperçue à un moment donné où j'étais censée ne plus bouger de mon canapé, que j'avais oublié de faire du café, le pion au-dessus de ma tête à ce moment, a immédiatement répliqué par un tir d'ondes, lequel m'a provoqué un début d'éternuement non abouti, afin d'épargner les fines ouïes du harceleur de faction. A l'instar du noir dans les années 50 aux Etats-Unis, lequel devait changer de trottoir à l'arrivée d'un blanc, sous peine d'être battu, j'ai moi aussi, quelque part, en tant qu'individu différent, non pas par sa couleur de peau, mais du point de vue précédemment exposé, étant d'un statut inférieur aux harceleurs, outrepassé mes droits n'est-ce pas, en osant préparer du café à l'heure qui ne m'était apparemment pas autorisée.

   A noter aussi que si je devais revendiquer, à l'instar de Rosa Parks, les mêmes droits que mes harceleurs, il est fort à parier que j'aurais une amende, moi aussi, de la part des autorités. Même si le comparatif paraît exagéré, il s'explique cependant de manière très logique, non pas sur la forme, mais sur le fond et sur le principe même de cette stigmatisation aussi intemporelle qu'ordurière qui fait figure de justice au sein d'une société profondément inégalitaire.

   A choisir entre une famille parfaite, aimée de tout le quartier pour sa gentillesse, et son aménité, ayant un noble travail, de beaux enfants, un beau logement, de belles voitures, aux amis copiés-collés d'eux-mêmes, et une femme seule, sans voiture, sans enfant, au travail plus que précaire, et au logement peu attractif, à qui accorder du crédit ?