Cela fait cinq ans jour pour jour que j'habite dans ce logement. Les hostilités essentiellement sonores et autres mouvements d'intimidation ont commencé dès les premières semaines. Au bout de quelques mois vint s'ajouter un matériel high-tech d'où surgit la Torture Electronique ou Harcèlement ElectroMagnétique.

   Dans un premier temps, les tortionnaires occupant le logement au-dessus de ma tête, ainsi que leurs pions dévoués, ignares dans le domaine des ondes électromagnétiques, et des différentes fréquences, utilisèrent le matériel de manière grossière, en m'envoyant pendant près de deux années des décharges ultra-violentes me soulevant bien souvent entièrement de mon lit.

   La privation intentionnelle de sommeil, provoquée alors par ces mêmes décharges fut quasi-ininterrompue durant les années 2015-2016-2017, me laissant quelques scories de repos suivant le bon vouloir des harceleurs. J'ai survécu je ne sais comment. Tour à tour, pendant l'absence des propriétaires, de jeunes femelles décervelées gloussant mollement, ont alterné la torture avec d'autres jeunes mâles refoulés et de vieux croutons ne l'étant pas moins. Toute une famille, ainsi que des amis, de tout âges confondus, sans compter des enfants conditionnés pour l'occasion, ont participé de près ou de loin à la torture, avec cette frénésie dans l'exercice du sadisme qui n'appartient qu'aux détraqués profonds.

   Progressivement, ce panel de détraqués donc, se sont familiarisés avec l'outil, et l'ont utilisé de manière plus subtile mais également plus perverse, suivant le rythme de leurs refoulements multiples. Les glousseuses ont laissé leur place aux propriétaires revenant d'un long séjour à l'étranger, en pleine forme. Celle que j'appelle lablonde et son compagnon, ont alors repris les manettes laissées pendant leur absence à leurs différents nervis, déçus sans doute de me savoir encore en vie à leur retour.

   Aujourd'hui encore, alors que lablonde est absente, un vieux beau se refait sans doute une santé, arrivé à l'automne de son existence. On peut supposer qu'après une vie sexuelle bridée par les conventions, et une éducation stricte, il peut enfin s'épanouir en laissant s'exprimer ses pulsions longtemps enfouies. Torturer provoquant une excitation qu'il n'avait jamais ressenti jusqu'alors.

   Le menu des possibilités ravageuses du matériel est vaste, et son exploration semble être illimitée pour les harceleurs, mes voisins en premier lieu. Autant dire que si il restait quelques bribes de conscience à certains pions au début de la torture, le temps a fait son œuvre et l'a rendue parfaitement lisse dans leur tête. Ils l'ont non seulement banalisée mais légitimée. Si une des options dudit matériel permet d'envoyer des douleurs dans les extrémités corporelles, TOUTES les extrémités, et que le début à utiliser se genre de fonction fut pour le moins prudent quant à la gravité des faits, il est désormais pleinement assimilé comme étant nécessaire, et validé au sein des coquilles vides faisant office de crâne pour les harceleurs.

   Ces derniers s'épanouissent donc avec le temps, au rythme des diverses fonctions proposée dans le menu du matériel high-tech qui sert à me torturer. Aucun élément extérieur ne remettra leurs yeux en face de leurs trous, tout ce qui aurait été susceptible de le faire a été balayé d'un revers de main. L'entre-soi permet non seulement l'indicible mais il est rassurant, et seul le public à même d'être consentant au procédé est dans la confidence. Lablonde est encore toute bouleversée du potentiel à sa portée, et son compagnon a enfin obtenu sa vengeance quant à sa couleur de peau mal assumée. C'est la fête, et c'est magique !

   Pour leur souffre-douleur, moi-même, la semaine passée a été épouvantable. Aujourd'hui, c'est plus calme, lablonde semble absente, le pion du jour aimerait manifestement être ailleurs bien qu'il n'ait pas vraiment le choix, il ne peut laisser ses protégés en plein danger, n'est-ce pas ? Ou comment se leurrer à moindre frais pour que sa petite conscience ne le tourmente pas trop...

   Au bout de cinq ans, les voisins ne sont toujours pas descendus de leur logement, encore moins de leur piédestal pour me donner la raison d'un tel acharnement contre moi. Il n'ont pas besoin de leur faire, nul ne les y contraint. De plus, cela les mettrait dans l'embarras car de raison il n'y a pas, ni raisonnement, ni éthique, ni humanité. Rien, il n'y a rien. A part cet entre-soi auquel ils semblent accorder quelqu'importance, le reste du monde n'existe pas. Voilà qui est bien dommage pour eux, on en éprouverait presque de la pitié.

TIday2019