C'était la nuit dernière, je ne pourrais pas dire l'heure. J'enchaînais alors ma troisième nuit quasi-blanche depuis le dimanche 14 juillet. La douleur fut brève, mais intense. La dernière fois que j'ai ressenti une telle douleur dans l'oeil, c'était en 2013, suite à une piqûre d'anesthésie cette fois, effectuée pour enlever un orgelet, lequel avait germé en raison d'une infection, provoquée par un ultime vaisseau qui avait éclaté dans l'oeil, lui-même provoqué par une excès de fatigue, induit par des tirs d'ondes électromagnétiques ininterrompus.

   C'est aussi comme cela que le harcèlement fonctionne et s'impose du haut de toute sa cruauté, avec cette consécution disciplinaire provoquant ce genre de réactions en chaîne. En début d'endormissement, j'avais déjà reçu une décharge dans le cou, provoquant une apnée mémorable, et toujours ces quelques secondes cauchemardesques et interminables durant lesquelles je m'étouffe, avant de reprendre péniblement mon souffle. Là aussi il convient d'être prudent, les apnées sont provoquées, soit par tirs d'ondes directs, ou alors suite à un excès de fatigue si soutenu qu'on oublie de respirer, excès de fatigue provoqué pour mon cas, par la même privation intentionnelle de sommeil par tirs d'ondes électromagnétiques. Cherchez l'erreur !

   La nuit s'est poursuivie comme à son habitude, par des tirs douloureux dans les extrémités des doigts, et sous le talon des pieds, ainsi que là où les harceleurs aiment particulièrement asseoir leur pouvoir d'autocrates qui ne s'assumeront jamais comme tels.

   Quelques morceaux de sieste ne combleront pas ce manque drastique de repos, et j'atteins de nouveau cette zone rouge, zone ouateuse, durant laquelle je me retrouve trop épuisée pour dormir, zone où les murs commencent à tanguer, la mémoire m'échapper, mon corps peiner, avec ses muscles en coton, les piqûres d'ondes continuant de m'assaillir à chaque mouvement, à chaque clin d'oeil épuisé que j'ose encore me permettre à la face d'un monde incompréhensible.

   J'écris, je me relis. Il faut continuer d'écrire, malgré la fatigue, alors que la blonde et ses fidèles pions continuent de se gaspiller en haine, les mains pleines de mon sang invisible. J'écris comme sur des œufs, alors que mes doigts piquent. ILS sont juste au-dessus de ma tête, j'ai mis la musique à un volume suffisamment élevé, mais il ne suffira pas à envelopper leur hargne, je peux l'entendre cogner d'ici sous leur enveloppe corporelle immaculée.

   Dans la rue, quand ils vont faire leurs courses, des gens leur disent bonjour, comme si de rien n'était. Ils se penchent sur le landeau contenant leur nouveau-né, apparu en plein cœur de ma torture électronique. Je finis par me poser la question, à savoir, cet enfant serait-il né sans ma contribution, bien involontaire de ma part ? Avaient-ils besoin de me torturer pour parvenir à cet heureux événement ? Leur joie a-t'elle été plus accomplie d'avoir pu procréer tout en me massacrant? N'auraient-ils pas pu parvenir au bonheur d'être parents sans qu'il leur soit besoin pour cela de bousiller ma santé, sans même avoir le courage de me dire pourquoi ? La blonde et les autres planqués se sentent-ils mieux après cela ? Ces femmes épaisses et entre deux âges participant ponctuellement à me torturer ont-elle vraiment rattrappé leur jeunesse par ce biais assassin ? Tout ce petit monde se sent-il si bien à tourmenter quelqu'un pendant des années sans lui en donner la raison ? Leur mémoire, alors que la mienne sera définitivement perdue, les travaillera t-elle un jour ? Quand les souvenirs germeront au sein de leur cerveau estropié, que feront-ils de moi, alors que j'apparaitrais au détour de multiples fragments de leur vie passée de tortionnaires ?

   Derrière chaque photo de leur poupon, le fantôme de la voisine du rez-de-chaussée surgira. Oui, ils se souviendront car ils n'auront pas le choix, je les hante déjà. Je n'ai pas besoin de procédure judiciaire, ni de tribunal. Cinq années dans la vie d'un bourreau ne s'effacent pas d'un revers de main, d'autant que cela risque d'être plus long, mon cœur s'autorisant quelque résistance. La blonde, son compagnon, et tous les refoulés qui les accompagnent vont vieillir avec moi, en fond. Je ferais en sorte, et leurs enfants traineront leur fardeau, mais pour le moment, les dégâts sur leur raison, causés par leur sentiment de toute-puissance leur interdit de penser plus loin que le bout de leur nez.

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