La fatigue n'a pas encore eu raison de ma quête effrenée, presque vitale, quant à savoir pourquoi la torture est passible de s'exercer dans un cadre privilégié, en dehors de tout contexte pouvant la laisser germer ou la favoriser.

 

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   L'effet Lucifer, écrit par Patrick Clervoy, est un livre de plus, tentant d'expliquer les différents phénomènes permettant à la cruauté, non seulement d'éclore mais de se perpétrer sans limite. L'auteur nous parle de bourreaux ordinaires, c'est-à-dire d'individus dits normaux, s'autorisant le pire, dès lors qu'un contexte opportun à la torture s'installe, en l'occurrence, le conflit armé et/ou un danger imminent d'attentat. Aucune de mes lectures sur le sujet ne m'a malheureusement amenée à appréhender le fonctionnement de mauvais traitements et/ou torture exercés sur le long terme, dans un environnement serein et en paix.

   En revanche, l'auteur nous éclaire sur les différentes formules soigneusement déformées après le 9/11 par les américains, D. Rumsfeld et D. Cheney en tête, afin d'éviter d'être épinglés par les conventions de Genève, et autre traité international contre la torture. Les prisonniers de guerre furent transformés systématiquement en terroristes, et des pays comme Cuba ou d'autres d'Europe de l'est, devinrent et sont encore les terres d'accueil des pires sévices commis envers de supposés Djihadistes, tel Mohammed al-kahtani, un supplicié âgé alors de 22 ans en 2002, qui croupit aujourd'hui dans un asile au fin fond de chez l'oncle Sam, en raison des mauvais traitements subis, notamment d'une privation de sommeil durant 21 jours d'affilée, qui finit de le faire tomber fou, supplicié de la bien-pensance, et contre lequel les charges furent abandonnées en 2008, faute de preuves.

   Patrick Clervoy explique aussi comment les mauvais traitements, et/ou techniques d'interrogatoire d'alors, qualifiées seulement de musclées, furent requalifiées par la suite en acte de torture. B. Obama, après le déraillement de ses prédecesseurs, fit effectivement son Mea Culpa au nom du pays dont il était à la tête, en expliquant notamment que certains actes d'intimidation et autre humiliations perpétrés sur des musulmans relevaient bien plus que de la maltraitance.

   Quelle différence donc entre acte de maltraitance et/ou de cruauté, et la torture ? Faire aboyer un chien à 2 cm du visage d'un individu qui a une peur panique de l'animal, relève désormais de la torture. Le priver de ses sens, en lui masquant la vue, l'ouïe, l'odorat, relève de la torture. Le priver de sommeil, l'humilier en le dénudant, en le tenant en laisse, sont des actes de torture. Sous le prétexte que le sang ne coulait pas, les détraqués tels D. Rumsfeld et comparses, en ont déduit qu'il ne s'agissait ni plus ni moins que d'inconfort, pourtant la convention internationale contre la torture décrit cette dernière comme suit :

« tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou tout autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles ».

   QUAND mes voisins m'envoient des ondes dans les parties intimes, QUAND j'ai les deux mains dans du détergent et qu'une démangeaison irrépressible surgit dans un de mes yeux, QUAND je suis privée de sommeil par tirs d'ondes électromagnétiques provoquant tour à tour tremblements sous-cutanés, élancements dans les extrémités, apnées, nausées, démangeaisons, déflagrations intrâcraniennes, arythmie cardiaqueQUAND des hostilités sonores surgissent systématiquement lorsque je me rend aux toilettes ou à la salle d'eau afin de me signifier qu'on me voit, qu'on m'entend, QUAND dès que j'ose bouger on provoque un renvoi, et QUAND ce phénomène se perpétue chaque jour, à chaque heure, depuis cinq longues années maintenant (sept en tout, si on compte les logements précédents), cela relève également de la torture, précisément de la torture électronique. Il n'y aucune honte à le dire.

   La vie ordinaire qui s'active autour de nous, personnes ciblées, le fait que nous ne soyons pas enchainées au fond d'une cellule, le fait de pouvoir respirer l'air pur, ou être libre de nos mouvements ne saurait cependant mentir à la réalité telle que nous la vivons quotidiennement. Les actes perpétrés à notre encontre sont suffisamment graves pour altérer notre santé, notre psychisme, notre intégrité toute entière. Dans le pays des droits de l'homme, sans aucun contexte ne prétendant à l'éclosion de ce phénomène, au sein d'un environnement paisible, des centaines de personnes en France se font torturer. JE SUIS TORTUREE. ON NOUS TORTURE. Cette réalité là devra être dénoncée aussi sûrement que d'autres l'ont été précédemment.