Pour les harceleurs, il semblerait que le plaisir à faire mal se décuple en sachant leur proie dans l'incapacité de connaître la raison d'un tel acharnement. Tout est facteur de toute-puissance, de niaises roucoulades aux hostilités les plus scolaires, ils représentent une dimension dans la médiocrité connue d'eux seuls.

   Aucun des éléments de cette gentille famille n'est capable de se permettre, ne serait-ce qu'en tête, le transfert de ce qu'ils font subir à autrui, sur leurs propres enfants. Leur est-il arrivé une seule fois de penser à l'éventualité que si ils sont capables d'exercer cette abjection sur quelqu'un, d'autres qu'eux pourraient s'adonner à ce même procédé sur un de leurs enfants ?

   Leur sentiment de toute-puissance leur interdit tout simplement de penser que la persécution ne marche pas toujours dans le même sens, qu'elle peut faire des demi-tours, des volte-face, revenir par un autre chemin que celui par lequel elle est passée, pour cette fois aiguillonner un de leur proche. Non, tout est limpide dans leur tête, parfaitement clair. La torture électronique ou harcèlement électromagnétique est décidément un trip inusable, le pouvoir de priver quelqu'un de sommeil, comme d'autres ailleurs le font pour l'eau ou la nourriture sur une population démunie, participe à une joie que nul ne peut comprendre, à part les tortionnaires eux-mêmes.

   Hier après-midi, j'ai eu le droit de faire la sieste après trois nuits difficiles. Aujourd'hui, la sieste me fut interdite en raison d'une nuit plus correcte. Les pouces des bourreaux se lèvent ou se couchent selon leur bon vouloir. Ils épargnent tel jour, pour mieux massacrer le lendemain, suivant le rythme de leur psychopathie invisible, masquée par des profils tellement ordinaires qu'ils pétrifient celle qui sait, car je crois bien être la seule à savoir ce dont ils sont capables. Les autres cibles savent aussi, mais elles ne sont pas torturées par les mêmes bourreaux, ces derniers sont cependant tous allés à la même école, une école qui nous échappe dès lors qu'on considère tout être humain comme respectable.

   Nous sommes aussi nombreux qu'isolés face à ces destructions respectives, et dont les exécuteurs se croient les seuls et heureux légataires, car torturer rend heureux, qui l'eût cru ? Si tel n'était pas le cas, le monde ne serait pas ce qu'il est, et la jeune Evaëlle de 11 ans, qui s'est récemment suicidée en raison d'un harcèlement qui ne lui a laissé aucun espoir de survie ne nous aurait pas quittés. La maltraitance commence de plus en plus tôt, et le nombre des victimes ne cessent de battre des records dont personne ne se remettra. Les campagnes de prévention ne dissuadent pas mais motivent les enfants les plus soumis au diktat d'une société formatée à la loi du plus fort, se sentant investis d'une mission dont ils n'ont pas conscience, persuadés d'être des rebelles, alors qu'ils ne font qu'abonder dans le sens d'une volonté diabolique. Ils perpétuent tels des robots ce que leurs parents exigent d'eux : "Sois fort mon fils, ne te laisse pas faire !".

   Ces enfants là, une fois devenus adultes trouveront sans doute la console de jeu ringarde, il préféreront autre chose. Avec un peu de chance, il croiseront peut-être le chemin de la bienveillance, raréfiée, et en voie d'extinction, sait-on jamais, mais dans la majeure partie des cas, ce sera la guerre pour mieux régner.

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