colère

   Il arrive un moment dans le harcèlement électromagnétique, où l'on a plus pleinement conscience de la réalité qui nous entoure, tant nous sommes cloués dans l'effroyable logique du marche ou crève. Plus la persécution perdure, plus la normalité semble se dissoudre sous nos yeux fatigués, et s'éloigner comme si nous n'étions pas fréquentables ou contagieux. Seule demeure cette intarissable question aussi lucide que désarmante, à savoir comment l'être dit humain, du moins qualifié comme tel, peut en arriver à de telles extrémités ? Il ne nous est même pas possible pour trouver une réponse tenable à nos interrogations, de nous reposer sur un contexte favorable à l'exercice de la brutalité, et à son application dans la durée. Sans un sourcillement, le fait est que M. et Mme tout le monde persécutent parmi la multitude, et au sein d'une paisibilité honteuse.

   Combien d'individus passeront encore sous mes fenêtres sans savoir ? Combien de fourgons de policiers, toutes sirènes hurlantes, pressés d'appréhender un drame, continueront d'ignorer parfaitement le mien ? Chaque fois, j'ai envie de crier à leur passage : "Venez ! C'est par ici que ça se passe... aussi". Mais rien n'y fait, se déroule sous de multiples regards aveugles, une tragédie transparente, rampante comme un ver sous la surface du vivant. Je refuse d'admettre la cruauté comme tolérable sous le prétexte que je ne peux la prouver. Je refuse de la considérer comme banale sous le prétexte qu'elle est perpétrée par des citoyens ordinaires. Enfin, je refuse à mes bourreaux le statut d'êtres moraux, dignes et décents, sous lesquels la société veut bien les voir, parce qu'ils ne sont ni moraux, ni dignes, ni décents. Ceci n'est pas ma vérité, c'est LA vérité.