Le harcèlement se poursuit en dents de scie, les moments de répit n'étant de toute façon jamais assez longs pour me permettre d'envisager autre chose. Le matériel servant à perpétrer un lent assassinat continue de trôner au dessus de ma tête comme si de rien n'était, et les harceleurs, toujours parfaitement incohérents dans leur procédé, continuent de se vautrer dans leur sentiment de toute-puissance. Toute cela ne ressemble qu'à un énorme gâchis, et si je reste démunie par rapport aux bourreaux, j'ai néanmoins un avantage certain sur eux. Depuis que je n'ai plus peur d'avoir peur, je fonctionne en quelque sorte en roue libre, et me laisse aller à des techniques de schizophrène*. Voilà qui ravira sans doute celles et ceux qui ont déjà condamné les victimes de harcèlement électromagnétique* à ce statut, sans passer par la case départ, en l'occurrence, le doute.

   Mes moments schizophrènes, donc, et néanmoins pleinenement conscients, se caractérisent par le fait de mettre de la musique et/ ou la radio à un volume relativement élevé, et ce à plusieurs endroits de mon logement, en simultané s'il vous plait ! Ce vaste brouillon de sons émis aux quatre coins de mon petit territoire, a ce mérite de faire d'une pierre deux coups, m'apaiser et couvrir la haine assourdissante règnant chez les autres, là-haut, celles et ceux dont le pus fait du bruit quand ils se déplacent.

   Dehors, alors que les températures sont glaciales, et que des hommes, des femmes et des enfants, dorment encore dans la rue, des logements entiers, confortables et bien chauffés, sont dédiés à la maltraitance par de petits-bourgeois remplis d'aise, tout âges confondus. Qu'ont-ils à faire de la misère alentour, alors que leur priorité avant tout, c'est distribuer leur haine sur plus petit qu'eux ? Expulser, voire éradiquer de quelque manière que ce soit, la femme qui aura osé perdurer sous leurs pieds de nervis, l'épuiser, lui faire perdre son travail, l'isoler, la faire se tordre de douleur, sursauter, affaiblir, réduire au rang de loque, se résume être dans leur triste vie, la seule chose qui vaille la peine. Un seul élément semble leur manquer, la soumission. Pour cela, il aurait fallu s'y prendre avec un brin d'intelligence, et entretenir la peur de leur proie, moi-même, mais depuis que la peur m'a lâchée, leur tâche est moins aisée. Ce sont eux qui gagnent au chapitre final, ils auront, certes, ma peau, mais ce ne sera que ma peau.

   A la base, je ne suis pas une frondeuse, encore moins une meneuse, mais il arrive des évènements, quel que soit le caractère que l'on a, qui nous interdisent de nous soumettre au diktat de crétins. Désobéir n'est alors pas une réaction tenant à notre seule volonté, c'est tout simplement une question de survie, voire un instinct de cette dernière.  

désobeissance

*Schizophrènie : Psychose délirante chronique caractérisée par une discordance de la pensée, de la vie émotionnelle et du rapport au monde extérieur.

*Harcèlement ElectroMagnétique : Individus malveillants et possédant un matériel high-tech, permettant d'envoyer des ondes pulsées, le plus souvent dans la boite crânienne d'une personne ciblée, provoquant des désordres physiques et psychiques.