LP

   Pour s'adonner à la rédaction d'un livre, il est dit qu'il faut du temps, du silence, et de la concentration. Je crois bien n'avoir jamais pu bénéficier d'aucun de ces trois critères, sans compter qu'être écrivain ne s'invente pas ni ne s'improvise. C'est donc avec une bonne année de retard que j'ai enfin  envoyé dans diverses maisons d’édition une version  de mon blog, remanié moult fois, sans jamais parvenir à la satisfaction pleine et entière d'avoir fait du bon travail. Disons que j'ai fait ce que j'ai pu, et la tâche s'est avérée bien plus laborieuse que je ne le pensais.

   L’extrême fatigue, le bruit constant devenu un compagnon indéfectible, ainsi que le manque de concentration ne m'auront certes pas aidée, et j'ai présumé de mes forces et de mes capacités à tout niveau dans cet exercice colossal de réécriture, non voulu, exécuté contre ma volonté mais absolument nécessaire pour ma bonne santé psychique. C'est en regardant les feuilles sortir de mon imprimante les unes après les autres, à un rythme cadencé, que j'ai enfin pu constater concrètement l'aboutissement de cette entreprise. 212 pages décrivant par le menu détail une persecution, la mienne, 75 481 mots, 452 776 caractères, avec cette fin qui ne se clos pas vraiment, désespérément en suspend dans le sens où le harcèlement court toujours, et continue son petit bonhomme de chemin assassin.

   Avec les pages imprimées entre les mains, leur poids, leur opacité en raison de leur nombre, la persécution me semble moins invisible, plus concrète, matérialisée si je puis dire, et peu importe que le manuscrit ne trouve pas preneur. Ce dernier, bien palpable, sera toujours là quoi qu'il puisse se passer maintenant, les mots, indélébiles, son caractère, indestructible, sa possibilité de réimpression, multiple. Il a été relié et envoyé le 3 novembre dernier.

  Dans la nuit du 5 au 6 novembre suivant, la nuit fut catastrophique, bardée de tirs d'ondes électromagnétiques provoquant tour à tour, fievre, apnée, sursauts en tout genre, douleurs abdominales, provoquées par celle que je nomme la femme kapo, la haine toujours nichée dans les talons, et dont les pas, en pleine nuit, me laissent deviner ce qui m'attend. Lundi soir, cette saloparde, perchée sur ses deux pattes, était au taquet, prête pour la nuit et son festin, ma torture.

   Je n'ai jamais su si la propriétaire et cette femme ne représentaient qu'une seule et même abomination, je sais juste que quand j'entends ces pas caractéristiques au-dessus de ma chambre, il va m'en coûter, et cher. Cette femme ne jouit pas tant de sa brutalité exercée contre moi, elle aime par-dessus tout être crainte, appréhendée, ses petits pas assassins le prouvant à chacun de ses déplacements de matonne, naviguant en pleine nuit, appréciant se faire entendre et se dissimuler tout à la fois. Cette petite mise en scène est son trip de dégénérée, sa minute de gloire, et sa lâcheté d’alors à se gargariser de mon ignorance à savoir qui elle est, son élixir de vie. Pauvre imbécile, vautrée dans sa bien pensance de citoyenne tellement ordinaire qu'elle en donnerait envie de pleurer. Le pire, c'est de penser qu'une tortionnaire peut être coquette, et c'est probablement le cas. Sans doute même se parfume-t'elle à l’occasion, mais la haine à une odeur tenace, de rance et de poisseux, quoi qu'il en soit.