Demi-tour à droite-droite ! C'est ce qu'a eu pour effet un tir d'ondes électromagnétiques particulièrement violent, envoyé vers l'épaule. Tout le haut de mon corps s'est alors retourné de manière incontrôlée. C'était dans le nuit du 18 au 19 octobre, sachant que celle du 16 au 17 était déjà blanche, voilà qui a clotûré une semaine dantesque en manière de torture électronique, de jour comme de nuit. Hier matin, le lever de soleil avait une saveur particulière, et l'impression pour moi d'avoir réussi à passer la semaine comme on traverse un champ de mines, et échappé au pire. J'avais déjà parlé de ces ondes à effet psychotrope, impliquant que le cerveau sollicité à l'excès, se trouve alors dans une sorte de transe suréveillée, annihilant du même coup tout ressenti de fatigue. J'avais alors utilisé le terme d'ondes à effet cocaïne, générant un état d'éveil permanent.

   C'est cet état dans lequel je me suis retrouvée, hier vendredi, durant toute la journée, après une nuit blanche passée sous les décharges électromagnétiques. Aucune fatigue ressentie, aucun coup de barre mémorable, comme tout à chacun en ressent normalement après une nuit blanche. Rien, rien qu'un corps et un cerveau surexcités, stimulés à l'excès, et dans une incapacité totale de repos. Cet état réprésente pour moi ce que j'appelle la zone rouge, le moment où le cerveau peut lâcher à tout moment, lui reste à choisir entre l'anévrisme, l'accident vaculaire cérébral (AVC) ou l'arrêt cardiaque. Dans le jargon de la drogue, on appellerait cela une overdose, je suppose. Sauf que je ne me drogue pas , et que les instigateurs de cette condition extrêmement dangereuse pour ma santé, sont mes propres voisins, crétins parmi les crétins, adeptes de la domination sur autrui avec une assiduité qui fait peine à voir.

   Ce matin samedi, la BMW de blinbling (harceleur en chef) trônait en face de ma fenêtre. Je ne risquais pas de rater le tank, faisant ressembler toutes les autres voitures dans sa proximité à des jouets pour enfant. Monseignôre est arrivé tout-frais-tout-beau, comme par hasard au moment pile où j'arrivais moi aussi devant ma fenêtre, et surtout devant ma cafetière posée à côté de la fenêtre. Il avait le clope au bec, fidéle à lui-même et décontracté, type cool et in, à un cheveu du cliché.

   Comme à son habitude aussi, blingbling a ouvert le capot de son tank pour plonger sa tête dans le moteur, action apparemment qu'il affectionne, étant donné le nombre de fois où j'ai pu le voir s'adonner à ce petit rituel. J'ai espéré d'abord que ledit capot se referme brutalement sur sa tête de Kapo, et l'allusion m'a fait sourire, mais rien de ce genre ne s'est passé. En revanche, quand j'ai vu sa cigarette fumer, et Je suis une légende plonger à nouveau sa tête dans le moteur, j'ai presque prié pour la fuite d'huile ou d'essence, ou quelque chose de ressemblant, qui pourrait s'embraser et réduire le harceleur en chef en un fétu de paille, se consumant sous un radieux soleil d'octobre. Nous sommes si peu de chose ! Aussi, monseignôre aurait eu tout le loisir de constater, en brûlant tout vif, qu'il n'était pas Dieu... Tout compte fait !

   Bref, j'ai imaginé tout un poème, mais rien de ce genre ne s'est passé bien sûr, et blingbling a démarré, assuré sans doute que je n'ai pas perdu une miette de sa présence crasse devant mon logement. Voilà qui est bien dommage que le feu n'ait pas voulu de lui. Peut-être le cancer du fumeur ? Ou alors l'accident de voiture ? J'aimerais bien sûr que mes nuits soient vengées, de quelque manière que ce soit. Il faut toujours garder espoir. Alors le feu, le cancer, l'accident de la route, peu importe, blingbling est mortel, et en soi, cela me suffit.

 

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