Quand les nuits sont moins rudes, les jours sont plus caustiques, et des attaques particulièrement perverses se multiplient. C'est leur subtilité surtout qui les rend perverses, amenant la personne ciblée déjà mal en point, vers une position toujours plus instable, non seulement à cheval entre le doute et la certitude d'une volonté insidieuse de lui nuire, mais la fatigue ralentissant d'autant plus son discernement. La paranoïa n'est jamais bien loin, et chaque fois c'est à force de patience et d'observation que tombe le couperet affirmant qu'une fonction de plus est utilisée dans le panel diabolique du harcèlement électromagnétique. Dès qu'on découvre une énième manière de nous maltraiter, les harceleurs innovent, saturés d'aise. En ce moment, ce sont donc les yeux qui sont attaqués, probablement avec le même salopard d'outil, appareil hig-tech multi-fonctions de la brutalité à distance, peut-être sous peu dans une émission de télé shopping sans que les autorités ne bronchent, étant donné le peu de considération de celles-ci sur le sujet.

   Enfin, qui n'a jamais eu cette sensation désagréable d'un cil tombé dans l'oeil, ou d'une paupière qui tressaute de manière quasi imperceptible ? Depuis quelques semaines déjà, j'ai la sensation qu'un grain de sable ou qu'un cil se glisse à des moments précis à l'intérieur de mon œil gauche, et une envie irrépressible me prend de le frotter afin d'enlever cette désagréable gêne. Cet inconfort anodin, et éprouvé par toutes et tous à des moments ponctuels de la vie, se transforme très rapidement pour une personne victime d'un harcèlement intensif, et dont l'essentiel se traduit par des tirs d'ondes électromagnétiques envoyés à distance, en une véritable calamité.

   Qu'est-ce qui me fait penser que cette gêne occasionnelle est provoquée ? Parce que cela ne se passe que chez moi, et c'est toujours quand j'ai les deux mains prises, soit au moment où je fais ma vaisselle, ou quand j'épluche un oignon, ou quand je me mets de la crème, bref, quand mettre les mains à ses yeux à ces moments là peut s'avérer dangereux, n'est-ce pas. Aussi, il suffit que je sorte de chez moi, pour que cet épisode se termine illico, le cil malencontreusement tombé dans l'oeil disparaissant aussitôt franchie ma porte d'entrée côté sortie. Au départ de ce petit manège exercé par les harceleurs ruminant leur méfait, comme de bons bovins leur foin, je n'avais pas compris le stratagème, et m'échinait à chercher ce fameux cil probablement tombé dans le globe occulaire, sans le trouver, évidemment. Mon œil gauche, à force d'être sollicité devenait tout rouge à chaque épisode de ce type, et la paupière de l'oeil droit s'y mettait à son tour, frétillant comme lorsqu'on manque de magnésium, en concert, et pour la plus grande satisfaction des bourreaux, j'imagine, jusqu'au moment où je pétai un énième câble, autrement dit, où je me mis en colère.

   Cela incite généralement les harceleurs à redoubler d'effort dans la maltraitance, mais à partir du moment où je le sais, et que je poursuis malgré tout, c'est que j'en ai besoin. Malgré des années de torture, chaque jour reste un apprentissage, et il y a des choses auxquelles décidément on ne peut se faire. Le matériel performant qu'utilise les harceleurs, n'aurait aucun intérêt sans leur sadisme, il serait nul et non avenu. Je peux réprimer ma colère côté pratique, mais d'un point de vue éthique, rien à faire. Si mes bourreaux n'appartenaient pas à l'espèce humaine ce serait plus facile, forcément.

Nonau harcèlement