Celui que je surnomme blingbling (harceleur en chef), a pris l'habitude dès le début de mon emménagement, de garer ses grosses BMW devant chez moi, en débordant volontiers sur ma porte d'entrée puisqu'il n'y a pas la place pour de tels tanks. Je dis "ses" BMW parce qu'il en a deux.

  La première fois que le salopard m'a abordée, c'était pour me dire qu'il était désolé de se garer là, mais qu'il n'avait pas de place ailleurs et aussi qu'il croyait que mon logement était inhabité, vu de l'extérieur. Depuis, il a pu se rendre compte que ce n'était pas le cas, même s'il le savait déjà fort bien, et a continué de garer ses grosses cylindrées devant mon logement, comme un chien marquant son territoire. Il aurait pu uriner contre le mur, il l'aurait fait. Les voisins borgnes auraient mis ça sur le dos des sdf, et blingbling immaculé s'en serait sorti tout jouasse. C'est ce qu'on appelle de la stigmatisation à rebrousse-poil.

  Blingbling est un colonisateur d'un genre nouveau, s'octroyant une place qui n'est pas la sienne dans le même pays que la colonisée (moi-même), de même nationalité et ayant le même langage. J'aurais pu dire de blinbling que c'est un beauf* par excellence, mais mon voisin le tueur va au-delà du cliché, il est une usurpation à lui tout seul. Cela ne lui suffit pas de grignoter l'espace qui m'est accordé, grâce à un loyer que je paie rubis sur l'ongle, il faut aussi qu'il tue à petit feu par tirs d'ondes électromagnétiques, celle qui a osé respirer le même oxygène que lui. Cet oxygène il l'a empuanti de sa lâche présence, de son hyprocrisie patentée et il a ce toupet de jouer au type propre. C'est à mourir d'un rire gras.

* Beauf : bien-pensant, petit-bourgeois, français moyen.

 

Bangkok

Manifestation à Bangkok d'individus ciblés. C'était le 29 août 2018.