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Les français en osmose, on y croirait presque...

  Des citoyens, les harceleurs sont, des armes, les harceleurs ont, sans nul doute possible. Sans nul doute aussi ils iront ce soir chanter "La Marseillaise" avec ce sentiment d'appartenance à une Patrie, celle des Droits de l'Homme. Qu'en font-ils des Droits de l'Homme, celles et ceux qui me torturent chaque jour et chaque nuit en m'envoyant de bons tirs d'ondes électromagnétiques dans le crâne ? Ils, elles vont fanfaronner, en bonne petite famille bien française, bien patriotes en crachant "l'hymne national" haut et fort pour soutenir les bleus, parce que quand il y a but, il n'y a plus ni blanc ni noir, seulement du bleu, only blue.

  Alors les tortionnaires vont plastronner, histoire d'appartenir au nombre, satisfaits, repus de leur bien-pensance de citoyens parfaits, Aux armes ! imbriqués dans la foule ordinaire, dans les clous tracés du système, impeccables de propreté, la crasse étant nichée si profond que personne ne pourra la remarquer, à part moi, leur souffre-douleur non consenti.

  Pour moi, la patrie c'est l'endroit où l'on ne torture pas. Impossible d'être pour la France, me sentir un brin de connivence avec mes tortionnaires, ne fut-ce que sur un match de foot me donne envie de crever dans l'instant, me pétrifier en statue de sel plutôt qu'embrasser une même envie que celle de mes bourreaux.

  Impossible d'être pour la Belgique, parce que là-bas on torture aussi. Ma patrie, c'est le monde entier comme dirait l'autre, à partir du moment où l'on y torture pas. Je suis donc une apatride, une migrante condamnée à errer à perpétuité, pendant que le harceleur en chef emmènera sa progéniture voir le match, ailleurs, laissant un pion surveiller la récalcitrante. Durant sa pauvre vie, il s'est déchargé autant comme autant afin de laisser sa trace en ce monde, ses gènes, pour lui sacrés, devaient perdurer coûte que coûte, pour pouvoir ensuite entonner Aux armes, citoyens... Qu'un sang impur abreuve nos sillons... Voilà qui est fait pour les harceleurs, sauf que ce n'est pas du sang c'est du pus.

  La nuit dernière, il a été décidé que je ne dormirais pas. Avant de mollarder Quoi ces cohortes étrangères! Feraient la loi dans nos foyers!... devant sa TV, ou chez des amis, une ordure m'a torturée. Une fois rassasiée de ma maltraitance, elle a enfin pu persifler à l'heure de gloire Tous ces tigres qui, sans pitié, Déchirent le sein de leur mère!... C'était il y a quelques minutes.

  Je préfère quant à moi l'Internationale. J'imagine que c'est ce qui me coûte si cher.

  Au moment où j'écris, le match est déjà commencé, le pion ou la pionne est là, juste au-dessus, les pattes repliées comme une araignée dans un coin de sa toile, mandatée pour l'occasion. Avec un peu de chance, elle aura le droit de regarder la TV, entre deux coups d'oeil sur moi. Pas simple, elle risque de rater un but. Ou alors, ils ont trouvé le pion exceptionnel qui n'aime pas le foot, une femme de préférence, qui n'en a rien à foot du foutre, et préfère ma tête comme ballon. But à tous les coups !