La nuit dernière, les amants diaboliques, dixit le couple de trentenaire faisant office de voisins, semblaient absents, je dis bien semblaient, car contrairement à eux je ne possède aucun laser me servant d'oeilleton pour voir à travers les murs. Je suppose donc avoir eu droit au ou à la sadique de service, méritant en son royaume d'être sacralisé(e,) si j'en juge par la nuit chaotique que je viens de passer. Un premier tir d'ondes envoyé là ou la perversité du sadique en question l'exige, ne m'a pas laissée grande illusion sur la suite. Une fois encore un ou une crétine avait décidé de me priver de sommeil. Certains tirs d'ondes électromagnétiques envoyés dans une région que mon cerveau ne semble guère apprécier ont généré quelques dérapages verbaux envers mon (ma) tortionnaire du moment lequel (laquelle) le valait bien.

  Que dire de plus concernant ce qui se passe sous le crâne atrophié de celui ou celle qui est persuadé d'exécuter un acte héroïque en vous canardant de décharges électromagnétiques ? Ben rien, sinon peut-être qu'il ou elle est un être mortel, et qu'il ou elle n'emmènera pas son petit matériel high-tech dans sa tombe, qu'il ou elle mourra seul(e) comme chacun d'entre nous, et qu'il ou elle ne trônera pas forcément à la droite de Dieu, lequel n'existe sans doute pas, et même si c'était le cas, cela ne changerait pas grand chose quant au triste sort de celui ou celle qui s'est pris durant un bref moment de son existence pour un héros, parce qu'il a disposé pendant un moment tout aussi bref, d'un matériel qui lui a permis d'exercer à titre gratuit un pouvoir sur autrui. Est-ce que seulement cela lui aura fait du bien ?

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Kapo : [Dans les camps de concentration nazis] Détenu de droit commun qui était chargé de commander
énergiquement les déportés, résistants ou raciaux, pour les services du camp ou pour les travaux extérieurs.

Sadique : Qui prend plaisir à faire souffrir, qui manifeste une méchanceté, une cruauté systématiques.

  Dans les camps de concentration nazis, il est nécessaire de rappeler que tous les kapos n'étaient pas sadiques. Cependant, ils sont nombreux à avoir user de la violence de manière gratuite, et rien que pour le plaisir de faire souffrir autrui. Les kapos, dans la vie civile, étaient des citoyens ordinaires, souvent des petites frappes mais pas des criminels. On a souvent aussi remarqué chez eux un comportement servile et malléable, ce que les nazis appréciaient en matière de recrutement.

  De même qu'il y a eu beaucoup plus de collaborateurs pendant la guerre, que de résistants, je me permets de penser que l'individu qui m'a maltraitée cette nuit, de par son sadisme patenté et sa pleutrerie, aurait fait un merveilleux kapo et collaborateur. Se trouver dans un pays en paix sauve les apparences, mais en rien ne masque les tendances et les inclinations de chacun. C'est ce qui me fait témoigner aujourd'hui en affichant l'image du kapo, toutes proportions gardées cependant avec le passé, et en conservant tout le respect dû aux victimes des nazis. C'est aussi ce qui me fait penser, chaque jour, que j'ai sacrément de la chance de me trouver justement dans un pays en paix, car en cas de guerre, le ou la salopard(e) qui trône au-dessus de ma tête m'aurait déjà fait la peau d'une manière ou d'une autre.