C'est peut-être le pire et le plus pervers dans les différents comportements qu'on peut débusquer chez les harceleurs, citoyens ordinaires, je le rappelle, et s'affirmant dans l'art de nuire. Le harceleur flagorneur donc, caresse tout son monde dans le sens du poil. Il ne passe pas inaperçu dans le sens où son apparente sympathie interpelle forcément le commun des mortels, insouciant, voire naïf des véritables intentions de celui qui flatte avec une obligeance déconcertante.

  Un des individus qui participe à mon harcèlement, et dont j'ai déjà eu l'occasion de parler est un type In, un type cool, bref un type branché, et dont la nonchalance bienveillante vous donne cette impression immédiate de sympathie. Le harceleur In s'arrange généralement pour se trouver dans mon champ de vision à des moments T, pour me saluer (me narguer ?), et tâter le terrain, à l'occasion, de mes éventuelles réactions, apprécier peut-être mes cernes et mes yeux creux du haut de sa crétinerie bourgeoise, le moteur de sa voiture chérie tournant comme à son habitude plus longtemps que de raison.

  Le harceleur tout-en-toc a une famille et une belle-famille, qu'il se doit de protéger contre la pouilleuse du rez-de-chaussée, moi-même, une chérie aussi qu'il apprécie fortement de préserver, tel un monsieur propre en mal d'adrénaline et/ou de testostérone. Je l'imagine avoir dit à sa petite amie, nourrissant une haine sans fond à mon encontre : “Laisse chérie, je m'en occupe, tu verras, dans trois mois elle sera partie, grâce à mes nombreux talents !”. Sauf que la pouilleuse vient d'entamer sa quatrième année en ces lieux délétères, et que la toute-puissance de Mister In, cool, branché se trouve un tantinet décatie.

  Blessé dans son orgueil de mâle, le harceleur In est plutôt Off, mais continue sa prospection dans le quartier, afin que tout ce dernier lui soit entièrement dévoué, et que sa réputation de type fort sympathique et obligeant ne se démentisse pas. Il sert aussi à leurrer la victime quant au harcèlement alentour, se trouvant comme par hasard sur son chemin au petit matin après une nuit dantesque en matière de mitraillage de crâne, là aussi, histoire de tâter le terrain, et mettre sa victime dans le doute. “Alors, d'après toi, c'était moi aux commandes la nuit dernière, ou pas ? Réfléchis bien petit pou !” Le petit pou s'en fout, il reste !