C'est la question que je me suis posée au coeur d'une nuit de torture sous les ondes. Combien en ai-je reçu ? J'ai arrêté de compter après 50, et serré les dents, le cerveau en ébullition. Un peu de plus et j'aurais prié Dieu, auquel je ne crois pas, de m'accorder sa grâce, mais encore faut-il que j'ai commis un sacré péché pour subir un tel châtiment.

  Je comprends mieux maintenant les personnes qui se réfugient dans la religion quand elles ont tout perdu, ou qu'elles se trouvent au pied du mur et dans une situation inextricable. Avant mon harcèlement, ces choses m'échappaient, mais alors que je me retournais dans mon lit attendant la fin de cette nuit odieuse, chaque tir d'ondes électromagnétiques me faisant changer de position avec une apnée à l'appuie et le coeur qui commençait sérieusement à fatiguer, il me semble avoir compris les croyants. Ce n'est pas pour autant que j'ai trouvé la foi, mais juste maudis l'homme d'être ce qu'il est.

  Qu'ai-je fait aux harceleurs pour mériter un tel traitement ? Nulle réponse ne se profile à l'horizon. J'étais juste contente ce matin d'être toujours vivante, et d'avoir une énième fois échappé à l'anévrisme ou la crise cardiaque. J'ai même pu rire en rentrant du travail au moment de témoigner sur mon dictaphone. J'avais envie de fêter la fin de ce combat tellement inégal. Pourquoi est-ce si difficile de rester en vie ? Au moment où j'écris, la musique est à plein volume, j'expectore mon impuissance par l'intermédiaire de Rammstein. Je n'étais pas vraiment prédiposée à aimer la musique metal, mais paradoxalement cela me repose, alors que les marques des talons de la bêcheuse tortionnaire au-dessus de ma tête se noient sous les percussions. Elle n'aime pas, alors je me permets d'adorer. J'insiste, je veux mourir en souriant, mais auparavant j'aimerais prouver que le harcèlement électromagnétique existe.

  Si je n'ai pas le temps de le faire, je jure devant Dieu qui n'existe pas de revenir hanter les bourreaux :)