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The Wall

  On ne s'en lasse pas comme ça, notamment pour celles et ceux que l'insignifiance de la vie n'avait pas permis jusqu'alors de perpétrer une domination sur autrui en toute impunité. Voilà t'y pas qu'un matériel high-tech arrive dans leur morne existence comme un cadeau tombé du ciel.

  Ils ont enfin droit à leur part du gâteau, se lâcher, débrider ce qu'ils ont toujours contenu, contrecarrer ce que la société impose à tout citoyen ordinaire, en l'occurrence, laisser le sadisme aux psychopathes, et autres profils adaptés aux circonstances, pour le bien-être du plus grand nombre. Enfin, ils vont pouvoir laisser s'exprimer tous ces refoulements trop longtemps cloîtrés dans leur esprit aux aguets, n'ayant jamais cessé d'épier l'occasion rêvée en secret, cette opportunité leur accordant l'épanouissement suprême : l'exercice du pouvoir sur un être démuni, avec un profil exemplaire leur épargnant tout tracas d'ordre judiciaire et par conséquent d'éthique.

  Ce n'est pas forcément donné à tous le monde. Quelle chance a le badaud désormais, de pouvoir lui aussi, nuire, massacrer la santé de l'autre sans être inquiété, faire sa propre guerre, marquer sa génération, et souder à tout jamais sa famille en utilisant ce fusible imparable et séculaire, la différence de l'autre.

  Appuyer sur celle-ci comme on enfonce un clou mais cette fois avec l'autorisation étatique. Le rêve à l'état pur ! Invoquer le dérangement que cet autre crée par sa seule présence, voire le danger qu'il représente pour toute la communauté, qu'on appelle aujourd'hui quartier. Et puisqu'il n'est pas civilisé de le pendre comme jadis au premier arbre venu, utiliser les ondes électromagnétiques comme lynchage tolérable, et le perpetrer en toute discrétion. Comme la peine de mort fut retirée de la place publique au moment où l'histoire à décidé que c'était plus décent, on tue maintenant en silence, et à l'abri des regards. Nul besoin d'être passé par la case prison, ni même d'être coupable de quoi que ce soit, pour subir la vindicte populaire. Il faut vivre avec son temps.

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