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  Au petit matin, je savais à peine qui j'étais. Mon cerveau bourdonnait avec force alors que je me demandais comment j'allais bien pouvoir affronter la journée de travail qui m'attendait. J'étais dans un état second, avec cette impression de devoir tenir constamment ma tête pour ne pas qu'elle tombe. J'avais encore la nausée suite aux tirs d'ondes électromagnétiques envoyés dans le ventre et provoquant instantanément un état grippal. La dernière fois que j'ai connu un tel assault c'était la nuit du 23 au 24 décembre dernier.

  C'est dès le coucher que j'ai senti que la nuit du 30 mars allait être sévère. Il y a des choses que l'on sent dans un harcèlement qui s'applique avec autant d'acharnement dans la durée. Comme si la haine de nos bourreaux du moment avait presque une odeur.

  Cette nuit là, tu ne m'as pas épargnée, ne me laissant aucun répit, ni aucune chance de basculer dans le sommeil, et ton sadisme est arrivé à son paroxysme, envoyant ondes sur ondes, vers ce que tu avais décrété dans ton esprit crétin comme t'appartenant. A ce moment de la nuit, et comme d'habitude, je ne savais pas qui tu étais, toi ou un autre, ou une autre, peu importe. Je ne visualisais personne en particulier, ce qui me permettait alors de mettre une distance entre les ondes que je recevais au coeur même de mon intimité et celui qui me les envoyait.

  Au matin, la tête en éventail, je suis néanmoins parvenue à sortir de mon lit, avec l'impression d'avoir du coton en guise de cerveau, à tel point qu'en sortant de chez moi je me suis trompée de sens pour aller prendre mon bus. Revenant sur mes pas, je suis ainsi repassée pas loin de chez moi, et c'est là que je t'ai aperçu, trônant sur ton balcon comme Néron sur son empire. Je t'ai aperçu de toute ta hauteur de dégénéré, une silhouette humaine malgré les profonds trous atrophiant ton cerveau, heureusement pour toi, invisibles. Mais moi je les ai vu à travers ton crâne ces trous, et toute l'arriération qui suintait de ta silhouette de grand type décontracté, une cigarette dans une main et un téléphone dans l'autre, informant sans doute un interlocuteur quelconque que ta mission était terminée, et que tu l'avais parfaitement remplie en massacrant comme il faut la pouilleuse du rez-de-chaussée, moi-même, véritable plaie à la tranquillité de ta petite famille.

  Plaie ? Pas tant que ça pour toi qui manifestement à quelque problème de sexualité. Ben quoi mon gars ? Ta petite copine ne te satisfait plus, et tu trouves enfin le moyen d'être un brin excité en envoyant des ondes électromagnétiques dans l'anus de la voisine ? Ou alors tu fais des complexes, tu le trouves trop petit c'est ça ? Ou bien encore tu n'as pas de petite copine du tout en raison de ton état de névropathe, et tu te déchaines sur la voisine de ta cousine, de ta tante ou de ta gentille môman, à distance, histoire que tes tares ne soient pas trop visibles. Un complexe d'Oedipe peut-être ? Va savoir...

  Comme si toutes tes pathologies étaient de ma faute à moi espèce de petit con ! Tu avais l'air pourtant si décontracté sur le balcon du premier étage après avoir massacré ma nuit. Je t'ai regardé, surmontant tant bien que mal mon dégoût, jusqu'à ce que tu me vois moi aussi. De loin, tu avais l'air niais, de près je ne sais pas. J'ai fini par sortir mon portable de ma poche pour prendre un cliché de la perversité dans son état brut. Forcément tu as décampé comme tout bon trouillard. Qu'est-ce qui cloche chez toi ? Dois-je aussi être responsable de ta castration mentale ? De ta couardise ? De tes problèmes de refoulé ? De pulsions que tu ne pourrais assouvir ? Un conseil, soigne-toi mon gars, soigne-toi.

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