Pour les harceleurs, la victime doit subir leur brutalité avec interdiction de se révolter, un peu comme un esclave face à son maître. Gonflés d'un sentiment de toute-puissance, la moindre rébellion de la part de la personne qu'ils ont décidés de maltraiter représente une insulte à leur statut d'une insolence insupportable, et un affront à leur suprématie.

  Si jamais vous y mettez un grain d'humour, les représailles sont sévères, mais le jeu en vaut la chandelle. Hier soir, en rentrant chez moi après avoir fait quelques courses, j'ai bien évidemment eu droit à des manifestations d'hostilité, comme des tics, claquements de portière, infrasons comme d'habitude pour fêter ma venue, avant les tirs d'ondes de la nuit.

  Spontanément, j'ai lancé à travers les murs un tonitruant : “Bonsoir ! J'ai fait des courses.”, et entrepris de dérouler à haute voix la liste de mes victuailles, réductions comprises. Ce ne fut pas de leur goût, et j'ai eu droit une bonne partie de la nuit à des tirs d'ondes électromagnétiques dans l'abdomen, et bien sûr à l'endroit qu'ils apprécient de cibler quand ils sont particulièrement énervés. Je dis “ils”, mais cette nuit c'était plutôt “elle”. Je pense que ma voisine était sur place, du haut de sa présence crasse, m'intimant l'ordre muet d'endurer sans broncher, ce que je ne fis pas en mettant ma radio.

  Il est vrai que depuis quelques semaines, je multiplie les enregistrements, mets de la musique à un volume plus élevé, et ma “boîte à meuh” fonctionne à plein régime ! De petites choses, mais insupportables pour celles et ceux dont le barbarisme est censé être accepté sans broncher. J'insiste aussi sur le fait que l'humour reste décidément la meilleure arme qui soit. Le but des harceleurs étant de confiner un individu dans un état de prostration et de détresse afin de le briser, si jamais il vous prend l'idée d'en rire voilà bien qui ruine leur projet.