Le harcèlement collectif, ou en réseau nécessite pour la cible si elle veut le combattre, de se fixer des objectifs plus ou moins importants suivant son degré émotionnel, sa résistance aux attaques, et sa capacité à gérer les évènements quels qu'ils soient. Durant les premières semaines de mon harcèlement dans le logement où je suis encore actuellement, j'étais comme pétrifiée, par l'incompréhension d'abord de ce qui m'arrivait, j'avais en effet quelque mal à me dire que ma modeste personne était l'objet d'un tel manège, et d'une telle organisation. J'étais aussi pétrifiée de peur, parce que pour moi autant d'individus et un tel acharnement contre un seul, ne pouvait signifier qu'un but ultime, celui de m'éliminer.

  C'est seulement au terme d'une bonne année, et après m'être aperçue que tout ce beau monde, dont les individus pris un par un, non seulement ne représentaient pas de danger immédiat pour moi, mais mieux encore se révélaient être de véritables trouillards, pétris d'hypocrisie, et dont seul le nombre permettait de leur donner quelque épaisseur, que j'ai décidé de me fixer des objectifs afin d'atteindre un semblant de vie normale.

  Au départ, cela ne fut pas facile, notamment le premier hiver, de rentrer chez moi le soir, sans avoir cette boule au ventre au moment d'arriver dans ma rue, et à l'idée qu'il y aurait forcément deux ou trois véhicules à ma suite faisant vrombir leur moteur sous mes fenêtres en braquant leur phare, puis aussi les péripéties de celui que j'appelerais par la suite “sans-couilles”, faisant systématiquement claquer quelque chose à chacune de mes entrées-sorties. J'avais pris cette habitude de sortir mes clés bien avant d'arriver près de ma porte d'entrée de façon à ne pas les chercher et m'introduire le plus rapidement possible chez moi, je ne dirais pas, enfin en sécurité, car si il y a bien un endroit où une cible n'est pas en sécurité, c'est chez elle.

  Enfin, je sortais tout aussi rapidement, mon lecteur mp3 à fond avec le casque sur les oreilles, afin d'éviter d'entendre les pions faire claquer les portières, etc.

  Un des premiers objectifs que je me suis fixée, c'est celui d'évacuer cette peur au moment de sortir et de rentrer chez moi. Après avoir constaté, à force d'observation, l'inexistance des dangers immédiats, en l'occurrence, qu'aucun harceleur ne me sauterait dessus pour m'égorger, j'ai commencé à ralentir mes pas en rentrant chez moi, et sortir mes clés au dernier moment. Au fil des mois, j'ai même adopté une attitude nonchalante, voire stationnaire devant chez moi, affrontant des bruits qui ne restaient que des bruits, ces derniers finissant pas s'éssoufler d'eux-mêmes.

  J'ai appris à ouvrir mes fenêtres en grand, affronter les regards, fuyant pour la plupart, poser des affiches sur les pare-brises des voitures se garant devant ma porte d'entrée, tout cela très progressivement, mais pour m'apercevoir qu'après deux années de ces petits objectifs franchis étapes après étapes, toute angoisse avait disparue. Quand je vais relever mon courrier dans le hall de l'immeuble, l'éventuel harceleur arrivant derrière moi fait le tour pour m'éviter. Cela ne sert strictement à rien d'avoir peur de pleutres, encore faut-il savoir que cette masse d'individus qui nous assaillent sont des pleutres, mais cela se vérifie assez rapidement.

  Je peux dire aujourd'hui, que je suis à peu près à l'aise chez moi. Ma caméra continue de filmer ce qui se passe sous ma porte d'entrée, mais les allées et venues se sont singulièrement réduites, en raison notamment du panneau d'interdiction de stationner placardé sur la porte, avec l'aval de la police. La fenêtre de ma chambre est maculée d'affiches dénonçant le harcèlement électromagnétique dont je suis victime, harcèlement ignoble venant s'ajouter aux différents procédés d'intimidation mentionnés ci-dessus.

  Enfin, si ces procédés d'intimidation auraient pu me faire partir lors des premiers mois, en raison de leur intensité, et de ma méconnaissance de leurs instigateurs, je suis maintenant rassurée. De parfaits trouillards s'adonnant à l'intimidation sur quelqu'un, cela ne fonctionne pas. L'effet de groupe n'est qu'une vaste supercherie.

  Aussi, j'invite toute personne subissant ce genre d'assault malveillant, à bien réfléchir avant de prendre les jambes à son cou pour fuir son logement. Si je peux me permettre un conseil, attendez, observez, réagissez autant que possible. Maintenant il reste les ondes électromagnétiques, et elles ne permettent pas toujours de rester chez soi. C'est ce qui s'est passé dans mon premier logement où je suis restée moins d'un an. Néanmoins ces dernières diminuent dans mon logement actuel. Ce n'est pas pour autant qu'il faut relacher la vigilance. Une recrudescence du harcèlement et des ondes peut à nouveau se manifester, avec d'autres personnages, pas moins pleutres, mais plus rigoureux dans la nuisance.

  Enfin, je pense malgré tout qu'il faut rester chez soi, et non pas chercher à tenir mais s'efforcer d'y vivre le plus normalement possible. J'ai déménagé trois fois en trois ans, pour revivre chaque fois les mêmes angoisses. Il est fort possible que si je déménageais une quatrième fois, le harcèlement se mettrait de nouveau en place, et il me faudrait recommencer le même travail d'observation, d'apprivoisement, de défi, de combat, sans savoir si la malveillance ne sera pas beaucoup plus virulente que celle que je subis actuellement. Les ondes seraient peut-être plus violentes, il y aurait de nouveaux pions, et tout serait à refaire. J'ai donc décidé de rester dans ce logement que je n'aime pas, avec les inconnues qui demeurent, le harcèlement qui se poursuit malgré tout, mais qui reste néanmoins supportable... pour le moment.