Pour la première fois depuis mon emménagement dans ce logement, j'ai reçu récemment plus d'une personne chez moi, en l'occurrence deux, avec moi cela faisait trois. Si l'ambiance était conviviale, moi je n'étais pas à l'aise, et au bout d'un moment, j'ai fini par amorcer le sujet sur le harcèlement dont j'étais victime sans grand espoir de convaincre, mais ma caméra, l'énorme panneau de stationnement interdit collé sur ma porte d'entrée, et les deux affiches placardées sur mes fenêtres m'ont fait sortir de mon silence gêné, avant qu'on ne me pose éventuellement des questions.

  Bien évidemment les personnes invitées chez moi ne se sont pas aperçues que celui que j'appelle sans couilles, et comparses, étaient bien présents à leur venue, et qu'au bas mot trois paires d'yeux étaient braquées sur elles, bien évidemment aussi ces personnes en aucun cas ne prêtèrent attention aux divers bruits annonçant que j'avais de la visite, ni aux phares s'allumant de voitures sans occupant, enfin, bien évidemment je ne peux en vouloir à ces personnes de ne pas avoir décelé quoi que ce soit au travers de ces futilités qui sont pour moi une évidence criante du harcèlement auquel je dois faire face chaque jour et à chaque instant. Cette innocence de personnes proches face à ce que je subis n'est pas le pire à accepter, mais c'est bel et bien ce regard, attentif, bienveillant, lequel par amitié sans doute ne sourcille pas, mais dont cependant on perçoit dans le fond toute la perplexité, puis la suspiçion qui ne laisse aucun doute quant à notre absence de crédibilité.

  Bien évidemment pendant que ces personnes étaient chez moi, on a pu entendre les mouches voler, le quartier s'avérer être des plus calmes, aucune voiture avec le moteur ronronnant furieusement sous mes fenêtres, aucun tir d'ondes même pendant de joyeux éclats de voix, aucune sirène d'ambulance pendant nos déplacements, aucun cri d'oiseaux, ni bruit aérien d'aucune sorte, juste le silence qu'il faut pour que le diagnostic de la schizophrénie pointe le bout de son nez dans les consciences. Du moins c'est ce que j'ai pensé.

  Bien évidemment, après le départ de mes invités vers 23 h, et dès la tête posée sur l'oreiller de mon lit, les tirs d'ondes électromagnétiques fusèrent vers ma boîte cranienne cette nuit là jusqu'au petit matin. Je me réveillais nauséeuse et comme ayant la gueule de bois mais sans avoir fêté quoi que ce soit, la nuit suivante fut de même, avec cette fois des tirs très malhabiles, comme si les ondes étaient enrayées par quelque chose, générant non pas des déflagrations mais des clics intracraniens comme lorsqu'on appuie sur un interrupteur pour allumer la lumière, et ce, jusqu'au petit matin également.

  Comment prouver cette ignominie reste plus que jamais la question qui m'aiguillonne. Témoigner, informer, diffuser ne suffiront pas. Il faudra trouver un moyen de prouver.