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   Elle est presque palpable au moment du coucher. Je les, la, le, sens prêt, à assouvir ce qui s'avère pour eux être un indéniable plaisir, en l'occurrence procéder aux premiers tirs d'ondes dès que ma tête se pose sur l'oreiller. C'est la caractérisation même du sadisme, le plaisir ne pouvant être pris qu'à travers la souffrance infligée à autrui. Il me semble que c'est Gore Vidal qui a dit : “Réussir ne suffit pas. Il faut que d'autres échouent”. C'est le même principe qui s'opère sous le crâne atrophié de mes harceleurs, éprouver du plaisir ne suffit pas, il faut que d'autres souffrent. Le sadisme est niché au coeur de ce concept, et y puise même toute sa sève. Sans souffrance de l'autre, le malade, car il s'agit bien d'un malade, est dans l'incapacité d'éprouver du plaisir. C'est malheureusement d'une atroce banalité depuis que l'homme est ce qu'il est.

  Les harceleurs ont depuis longtemps oublié l'éventuelle raison du dérangement que je leur causais, le plaisir pris à me faire souffrir dépassant de loin ces petits désagréments du début, heurtant leurs fragiles oreilles, puisqu'apparemment, je le rappelle, je faisais du bruit.

  Ils se sont aperçus qu'ils y ont gagné autrement plus que ce petit trouble de leur tranquillité de retraités, le plus souvent bercés par l'ennui. Le parasite que je suis, intervenant dans leur vie aussi morne que rectiligne, leur a permis d'exercer tout ce qui est si souvent contenu chez l'homme ordinaire, n'ayant, le plus souvent, d'autre moyen d'exercer ses bas instincts, qu'au travers d'une guerre. C'est ce qui fait d'ailleurs que les guerres sont ce qu'elles sont, non des combats, mais essentiellement des exactions perpétrées contre les plus vulnérables.

  Dans un contexte plus serein, difficile donc, d'exercer un pouvoir sur autrui, à moins d'une occasion qui se présente, un profil à risque, un réseau malveillant, des individus facilement malléables, une condition économique et sociétale quelque peu anxiogène, et voilà que la toile se tisse contre ce qui semble être une cible potentielle, potentiellement satisfaisante pour enfin servir les inclinations les plus obscures de citoyens, ma foi, quelconques.