En ce moment, et en raison de l'été, les harceleurs sont en sous-effectif, mais comme en entreprise, il y a des intérimaires afin de poursuivre ma maltraitance qui est un travail à temps plein. Famille, amis, voisins, bref, connaissances diverses comprenant cette fois les vacanciers, se chargent de remplacer les harceleurs titularisés, et ma foi, ne se débrouillent pas trop mal dans leur boulot estival. L'idée est de me faire savoir qu'ils sont là, 24h/24, 7j/7, à m'espionner dans mon logement, malgré quelques trous dans leur emploi du temps en raison du manque de main-d'oeuvre, et nettement moins de voitures racolées dans la cour.

  Quelquefois, il leur suffit juste d'arriver dans le logement au-dessus de ma tête, et de faire proprement du bruit pendant cinq bonnes minutes du genre : "On est là cocotte, ne t'avise pas de bouger !" et de repartir comme ils sont venus, leur crétinerie accrochée comme une sangsue à leur cerveau troué. Idem pour la nuit, il y aura toujours un pion, lequel en allant répondre à un besoin urgent par exemple, en profitera pour m'envoyer quelques bonnes ondes dans le crâne. En ce moment les tirs arrivent dans le cou, ce qui me fait supposer que ce sont plutôt des novices utilisant le diabolique matériel.

  Les harceleurs qui m'entourent, pour la plupart, font partie de cette génération à laquelle la société a souri, et qui manifestement n'ont pas vraiment connu de rudesse professionnelle ou économique. Sans vouloir généraliser, une partie de ces individus a longtemps considéré comme acquis, le confort qu'ils ont à peu près toujours connu depuis les fameuses trente glorieuses. Aussi, à leurs yeux, ces substantiels bénéfices ont toujours eu pour origine leur seul mérite.

  Plutôt que rendre grâce à des conjonctures favorables, cette génération n'a cessé d'opposer au fil du temps une pensée réactionnaire face aux nouveaux venus en ce monde, forcément responsables des changements perturbateurs intervenus depuis quelques décennies. Je suis de ceux-là, un pou noyé dans cette nouvelle génération à l'emploi précaire et sans le sou, venue quelque part leur rappeler que tout n'est pas si beau, et par là même réveiller quelque frayeur enfouie contre tout ce qui leur est étranger.

  Bref, j'ai un profil à risque et potentiellement condamnable pour ces individus confinés dans leur respectable stabilité. Je leur amène tout ce qu'ils détestent, de l'inconnu et du déséquilibre. A leurs yeux, le harcèlement non seulement se justifie, mais il est absolument nécessaire, l'effet de groupe s'occupe du reste, y compris de faciliter le recrutement des plus jeunes, prêts à tout pour s'insérer socialement, et pour celles et ceux qui y sont déjà, avoir ce sentiment de participer à leur propre guerre, et de connaître leur heure de gloire en ruinant ma santé.