J'en ai déjà parlé. C'est une des seules personnes qui me disait bonjour aimablement, jusqu'à il y a quelques semaines, et qui s'était même étonné des voitures garées sous mes fenêtres, me lançant un "on est avec vous !" sans semble-t'il s'apercevoir que le "on" mentionné intégrait des habitants du quartier qui n'étaient pas du tout avec moi. Naïveté ou pas de la part de ce Monsieur, je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'il a résisté relativement longtemps à l'appel du groupe, jusqu'à ce que progressivement ses "bonjour", se transforment en "Boiiing" ronchons, sortis du bout des lèvres rageuses. Ce monsieur est même devenu l'un des plus acharné concernant le bruit lors du passage de sa voiture sous mes fenêtres. L'autre fois, j'ai bien cru qu'il allait rentrer dans le mur.

  Enfin, l'histoire nous l'a maintes fois prouvé, les plus timorés et les plus résistants de prime abord à rentrer dans un groupe nocif, se retrouvent le plus souvent les plus zélés et les plus acharnés à distribuer les coups une fois qu'ils appartiennent à ce groupe. Comme si une fois engagés, ils ne pouvaient se diriger que vers les extrêmes, l'excès semblant taire, annihiler ce qui leur reste de bonne conscience, et devant doublement prouver, en raison de leur résistance de départ, leur fidélité et leur bonne foi envers le groupe, en exacerbant la malveillance.

  Toutes proportions gardées, cela me rappelle le témoignage d'un jeune homme, inculpé pour avoir, avec l'aide de ses condisciples, battu à mort une jeune femme. Au départ, il avait eu quelque mal à prendre part aux coups, mais la peur d'être la risée de ses camarades a fini par prendre le dessus, et il s'y est mis lui aussi à les distribuer ces coups, dont les plus violents et celui mortel, comme s'il voulait excuser devant ses amis son hésitation de départ... à méditer.