Ce midi, en rentrant du travail, je suis allée voir mon courrier, pour cela j'ai dû rentrer dans le hall de l'immeuble, et j'y ai croisé ce monsieur dont j'avais déjà parlé, un des seuls habitants qui me disait bonjour aimablement, et s'était étonné du nombre de voitures garées sous mes fenêtres.

  Progressivement, son comportement a changé à lui aussi, je l'avais d'ailleurs mentionné, sa voiture venant désormais, à l'instar de celles des harceleurs, se positionner de façon à faire le plus de bruit possible sous mes fenêtres.

  Ce midi, j'ai eu droit à un bonjour bougon, de ceux qu'on préférerait ne pas entendre, un bonjour forcé par la politesse que le vieil âge exige, sans un regard, et j'ai eu d'emblée la confirmation que cet homme avait cédé à la rumeur alentour courant sur mon compte. Quelle rumeur ? Je ne le sais pas et c'est peut-être bien cela le plus terrible.

  Toujours est-il que j'ai ressenti un profond malaise face à son antipathie, comme si une dernière carte venait de s'abattre et que mon jugement était définitivement consommé, sans appel, et ma condamnation en cours de traitement, applicable en l'instant, validée à l'unanimité. Le quartier, et les gens m'entourant étant comme contaminés par un virus ultra rapide ayant pour effet de les liguer contre une seule, moi-même.

  C'est comme si tout contact, quel qu'il soit, d'un individu avec les harceleurs, était nécrosé dans l'instant et investissait tout l'espace contre moi. En tant que ciblée, j'ai pu tant bien que mal m'adapter à une certaine adversité, au sadisme aussi, à la malveillance nichée un peu partout, à l'espionnage permanent, mais cette hostilité apparue sur l'un des seuls visages bienveillants que j'ai connu dans cet endroit délétère, a le même effet qu'un coup de grâce, comme si rien ne me serait jamais accordé, même pas le bénéfice du doute. Je suis la proscrite du quartier, un point c'est tout.