Au début des tirs d'ondes, j'avais mis un bruit blanc (radio-réveil réglé entre deux stations). Dans ma naïveté, j'espérais par l'intermédiaire de ce grésillement salvateur, disperser les ondes, qu'elles oublient ma boîte crânienne pour aller s'échouer sur l'antenne de ma radio, un peu comme un paratonnerre emprisonnerait la foudre.

  Aujourd'hui, je remet ce bruit blanc uniquement pour que le silence soit moins lourd, les armes utilisées contre moi moins mutiques, espérant aussi que la capo, en ce moment c'est une femme, qui campe au-dessus de mon logement ne puisse plus suivre les mouvements de mon corps, ni mes éventuelles déglutitions trahissant l'endroit précis où se trouve ma tête, mais rien n'y fait.

  Tout finit toujours par se savoir, et quelquefois mes bourreaux prennent leurs aises en jouant du piano, commençant par un tir dans la tête, suivi d'un dans l'épaule, puis dans le bassin, les jambes, pour finir par les pieds, do,ré,mi,fa,sol, exécutés sans problème.

  Ils connaissent leur solfège sur le bout de leurs doigts assassins, et toutes les clés de leur machine-outil, prête à l'emploi chaque soir.

  Qu'y faire ? Rien. Les boîtes d'allumettes sont toujours en libre-service, à un prix dérisoire. Bien sûr, si on les met entre les mains des enfants, les conséquences peuvent être dévastatrices. Ils semblerait que ce soit à peu près le même procédé concernant le matériel utilisé contre moi, auparavant confiné au sein de l'armée, et utilisé dans un but bien précis, avec parcimonie si possible. Entre-temps l'horreur s'est invitée dans le civil, censé être civilisé, mais il n'en est rien.