C'est l'ascension. J'aurais pu penser que mes harceleurs, en ce jour de la montée du seigneur au ciel, procèdent à une espèce de trêve de mon harcèlement, une sorte de cessation des hostilités, non par charité chrétienne, mais plutôt en ce jour printanier, par une envie de sortir, de profiter de ce jour chômé pour s'évader de la ville, mais c'était sans compter sur leur nombre sufisamment important pour que chacun profite, et du jour férié, et de me harceler sans que cela ne pose trop de problèmes.

  D'après ce dont j'ai pu m'apercevoir au cour de ces 21 mois d'agressions en tous genre, mes harceleurs se distinguent en deux groupes, celui des jeunes et celui des vieux, réunis par je ne sais quelle forme de lien, amical ou familial, avec l'appartement au-dessus du mien. Le groupe des jeunes se situerait plutôt du côté de sans-couilles, jeune harceleur, habitant dans l'immeuble de l'autre côté de la cour, probablement l'installateur du matériel servant à me bombarder la tête d'ondes électromagnétiques, et rameutant avec une déconcertante facilité ses nombreux amis et autres contacts contre moi, de façon régulière.

  Le groupe des vieux quant à lui, se manifeste de manière plus intensive, d'autant que ce groupe est familial, et se décompose, par l'intermédiaire des progénitures, en petites bulles d'individus extrêmement nocifs participant également à mon harcèlement. Ces deux groupes parfaitement synchrones entre eux, et opérant en une ramification fournie, ne me laissent aucun répit.

  Par ailleurs, certains visages changent avec le temps. Cela veut dire que des nouveaux sont venus remplacer les anciens, et que l'arborescence de leur malveillance ne grossit pas vraiment, mais ne diminue pas non plus. Je pense aussi qu'il est relativement aisé, en raison du nombre, de trouver de nouvelles recrues, toutes prêtes à épouser la rumeur, et la transformer en vérité.

  En effet, plus le nombre est important, plus il est aisé de motiver la bleusaille tout fraîche dans la nécessité de me nuire, car encore une fois, dans la tête des harceleurs, leur action est légitime et forcée, ayant pour unique but de se débarrasser de l'élément gênant, moi-même, pour le bien-être de la communauté.

  Avez-vous déjà pensé qu'un pou méritait réflexion avant de l'éradiquer ? Non, moi non plus. Pour mes harceleurs je suis un pou, ni plus ni moins. Ajouté à cela les comportements moutonniers de ceux dont la cervelle ne dépasse pas celle de la taille du petit pois, et qui n'ont même pas conscience de participer à quelque chose d'abjecte, et la persécution collective peut s'effectuer en toute tranquillité.