La saloperie qui a installé le matériel ayant pour fonction de me mitrailler le crâne la nuit, ne croyait sans doute pas que j'allais résister. De même que toutes et celles et ceux qui oeuvrent depuis plus de 20 mois maintenant à précipiter mon départ, avaient sans doute aussi sous-estimé ma motivation à l'inertie (je ne suis pas combative). Pour ma part, cela semblait logique de demeurer en ce lieu, aussi délétère soit-il, en ce sens que c'est le seul moyen de défense que j'ai. Défense passive, certes, puisque cette dernière réside essentiellement dans ma présence à rester là où je suis, mais néanmoins efficace, d'après ce que j'en vois chaque jour.

  Non seulement le nombre est loin d'avoir toujours raison, mais il n'est pas toujours le plus fort, du moins s'il l'est ce n'est pas forcément dans la facilité. En restant dans mon logement, quelque part je torpille leurs médiocres pronostics, et décuple donc leur haine, si tant est que celle-ci ne soit pas déjà arrivée à son paroxysme. Mes harceleurs sont passablement énervés, voire hargneux, raisonnant toujours aussi peu, et refusant d'admettre que je ne fais pas plus de bruit chez moi, qu'ils n'en font chez eux.

  Plus de petits sifflotements à certains de mes passages, comme les premiers mois, moins de rires leur assurant leur hégémonie sur la vermine que je représente pour eux, mais plutôt des claquements de portières grincheux, et des démarrages intempestifs de voiture. Pour ma part, je me situe bien loin de l'épisode où je me suis retrouvée pétrifiée au milieu d'une cour hostile. Dans l'absolu, je ne sais si c'est une évolution positive, le fait est que je suis toujours là, et espère m'être endurcie quelque peu.

  Aussi, il peu probable, étant donné l'inaptitude à la réflexion de mes harceleurs, que les choses s'arrêtent telles quelles. Les persécutions collectives jalonnant l'histoire de l'homme nous l'ont malheureusement maintes fois prouvé. A un moment clé, intervient quasi systématiquement dans le groupe, un élément un peu plus zélé que les autres, ayant sous le coude quelque idée lumineuse, afin que la persécution connaisse une fin décente. Pour les harceleurs tels que mes voisins, qu'est-ce qu'une fin décente ? Eux qui n'ont jusqu'ici fait que me montrer et démontrer le panel de toutes leurs tares, une fin qui ne les laisse pas perdre la face, et dont ils se tirent avec honneur. Bien sûr, nous sommes dans un monde civilisé, et cela ne saurait aller jusqu'au crime, sachant que ce qui empêche le crime réside uniquement dans la peur de l'éventuel châtiment, et non une quelconque considération pour la personne ciblée. Les sadiques n'ont pas d'empathie. Tout cela pour dire que je me méfie, et ne relâche en rien ma vigilance, car j'ai le sentiment que je n'amuse plus mes harceleurs, et que le tour des pions a été fait.

  Contrairement à un gros réseau, qui interchange les personnages à loisir, et a pour but de faire durer le tourment de la cible par l'intermédiaire d'une multitude d'individus, et de contextes, ma situation n'est pas similaire, même si les moyens employés quant à eux le sont, pour une bonne part. J'ai, en effet, le sentiment que pour mes harceleurs, il est temps que les choses se terminent, mais je ne sais pas de quelle manière. Alors restons vigilants, car il n'y a rien de pire qu'un groupe d'individus se sentant humiliés, et lassés de n'être pas parvenus à leur fin.