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  Il était cardiologue à l'Hôpital George-Pompidou de Paris, et avait 54 ans. Cet homme marié, père de cinq enfants, ayant une profession qui le passionnait, s'est donné la mort par défenestration le 17 décembre dernier, suite à un harcèlement qui ne lui a laissé aucun répit ni aucune chance. Son harcèlement n'était pas celui en réseau que nous connaissons, et J.-L. Megnien ne recevait pas d'ondes électromagnétiques dirigées vers son crâne, mais sa persécution obéissait aux mêmes principes que ceux utilisés sans répit contre nous.

  Dénigrement, hostilité, profonde malveillance, méchanceté, négation du statut d'être sensible, rejet, et multiples autres perversités quotidiennes et permanentes, ont conduit cet homme à la destruction de lui-même, de manière insidieuse et progressive. La cardiologie est une profession rigoureuse, qui suppose une grande confiance en soi, et au sein de laquelle on imagine des individus solides et formés pour affronter l'univers médical, et celui de la maladie, en restant professionnels. J.-L. Meignien, agrégé en 2011, était reconnu pour cela, son investissement dans son travail, mais aussi sa sensibilité et ses grandes qualités humaines. Prendre la tête d'un cabinet de radiologie n'a pas été du goût de certains grands pontes, et voilà comment on réduit un être humain passionné, impliqué, professionnel, à l'état de brindille. Au fil du temps, des humiliations et des quolibets, J.-L. Megnien a décliné, lâché prise, et envoyé un mail désespéré à une consoeur, avant de se retrouver en arrêt maladie pendant 9 mois :

«J’ai l’impression de descendre aux enfers. Qu’ai-je fait pour cela ? Imposer un changement de bureau, à un autre étage, dans un autre service, quitter l’équipe médicale et paramédicale, couper tout lien avec le bureau des RDV, et mes patients et mes étudiants, attaque ma dignité, mon honneur, et me désigne directement coupable de ? (sic)»

  On lui a donné le coup de grâce quand il est revenu de son congé maladie, trouvant la serrure de son bureau changée, et ses patients absents. J.-L. Megnien ne s'est pas défenestré, de multiples mains invisibles se sont chargées de balancer son corps bien vivant par une fenêtre du 7e étage, l'ayant au préalable malmené psychologiquement pendant des mois et des mois. Sa femme a porté plainte pour harcèlement, mais encore une fois c'est la structure qui va être mise en cause, l'entité, pas le nombre d'individus ayant formé cette meute destinée à détruire une personne. Chacun y allant de sa petite graine, chacun aussi se protégeant en se disant intérieurement « Je me contentais de ne pas le saluer, etc. » et repartant avec le cœur vierge, délivré de toute culpabilité.

  Le harcèlement en groupe est une véritable plaie, parce que chaque élément de ce groupe infect ne commet que des actes ponctuels, ignorant ou choisissant délibérément d'ignorer la récurrence de ces actes pour la cible, puisque chaque acte est bien distinct d'un autre, commis toujours par un autre forcément, mais la cumulation de ces bassesses ne doit en aucun cas absoudre les harceleurs du crime auquel ils ont TOUS participé.

Cette mort tragique nous montre que personne n'est à l'abri du harcèlement. Tout individu, même parfaitement intégré socialement, ayant une profession reconnue, une vie familiale épanouie, peut aussi être victime de ce genre de crime.