Une semaine pour me remémorer comment la vie se déroulait avant mon harcèlement, une semaine pour rentrer dans une maison sans me sentir épiée, emplir l’air de mes poumons sans que ma respiration ne se coupe dès la première goulée d’oxygène, partir, revenir, m’attarder, errer d’un point à un autre, goûter à nouveau la vie comme un petit chiot fou, sans me soucier de rien, dormir d’un sommeil de plomb, une fois les séquelles d’ondes à énergie dirigée totalement évacuées (cela demande quelques jours*), et puis tout réapprendre, en sursis, les visages sympathiques – car ils existent aussi – les regards chaleureux, les bonjours, les au revoir, joyeux Noël et bonne année, les voitures garées sans intentions malveillantes, la nature et ses hommes, la vie normale, avant de revenir l’estomac en vrac, pour finir par vomir la veille du départ, et le ventre qui continue de crier à l’approche de l’appartement.

  Trois minutes après mon arrivée, une voiture noire déboule sous ma fenêtre, un jeune couple, garé auparavant sur le parking fait pour ça, mais changeant d’avis à mon arrivée, décide de faire ronronner leur moteur sous mes fenêtres. Cependant la nuit fut calme, sans ondes, ce qui me laisse à penser que le matériel utilisé nécessite une petite installation que mon arrivée à l’improviste a contrariée.

  J’ai cette chance de n’être pas poursuivie par mes harceleurs, du moins quand je me m’absente à court terme, mais le retour à la réalité est rude, très rude. J’ai respiré un peu d’air frais pendant une semaine, et je suis à nouveau condamnée à celui vicié des particules fines, aussi nocives que les ondes quand on y réfléchit bien. Mon logement d’aspect extérieur fait triste mine, il est entièrement noirci par les pots d’échappement. Je ne m’étais pas rendu compte de l’état déplorable dans lequel il était avant de m’absenter. De loin, on croirait un vilain petit canard planté au milieu de bâtiments blancs, sauvegardés par des crapules. Je les entends d’ici se réinstaller pour m’accueillir.

* Il semblerait que le cerveau continue d'avoir des soubresauts durant quelques nuits après l'arrêt des ondes, un peu comme si il les avait enregistrées, et les anticipait, difficile à savoir.