humain

 

  Difficile de savoir ce qui motive réellement les harceleurs en groupe. On peut supposer que le contentement d’appartenir à une communauté, la satisfaction éprouvée à nuire, mêlée à ce sentiment de toute-puissance, enfin, tout cet ensemble fielleux participe à l’exaucement d’un vœu profondément malsain, qui peut enfin s’exprimer et trouver sa légitimité grâce au nombre. Difficile également de savoir ce qui provoque parfois un relâchement de la part des harceleurs, et si un évènement délencheur implique chez ces esprits reptiliens une baisse ou une recrudescence des actes de malveillance.

  Avec le temps, j’ai fini par déduire que chercher à comprendre comment fonctionnait leur cerveau, équivalait pour un individu ciblé à tenter de dialoguer avec un mollusque, en effet, c’est un peu comme si on estimait qu’un acéphale était capable de raisonner. Les harceleurs de base n’ont pas de liberté individuelle, et sont soumis au groupe dont l’étanchement ne se trouve que dans la destruction de l’autre, incapables d’éprouver du plaisir autrement qu’en brisant, et donc totalement inaptes à une réflexion relevant de la déontologie, dès lors qu’il s’agit de franchir les barrières de leur communauté toxique. Il fut un temps où je pensais que prendre des précautions en me faisant toute petite calmerait mes harceleurs, au moins les pions, en l’occurrence les voisins se trouvant dans ma proximité immédiate. C’était une grossière erreur.

  Les persécuteurs se fichent éperdument des efforts que l’on peut faire, c’est notre seule présence qu’ils visent, prenant leur pied — parce qu’il y va aussi du plaisir certain dans le fait de tourmenterà chacune de nos réactions, et plus nous réagirons par l’incompréhension, l’indignation, la recherche désespérée de raisons à leur comportement hystérique, plus ils prendront leur pied, le pire étant pour eux l’absence même de réaction. Sans vouloir faire de comparaison déplacée, le fait est que je comprends mieux l’origine des guerres à présent, notamment les exactions perpétrées pendant les périodes de conflits, le rôle des capos et leur acceptation à participer au pire, les humiliations commises dans toutes les prisons, le besoin de créer un camp des lumières vives à Guantanamo, la poursuite de tortures physiques et psychologiques infligées sur de multiples individus alors que les bourreaux avaient obtenu toutes les informations qu’ils souhaitaient.

  Je comprends mieux beaucoup de choses qui ne disent pas leur nom, ainsi que la raison pour laquelle il y aura toujours un ou deux enfants demeurant seuls au fond de la cour de leur école, la raison qui fait que le bizutage sera toujours aussi populaire, ainsi que les confréries, les cercles, les élites, les sectes, et la vindicte exercée contre tout individu ne se trouvant pas dans les clous, et dans le refus ou l'incapacité de s’intégrer. Je crois que je comprends mieux tout cela, ainsi que les ondes qui ne manqueront pas de mitrailler mon crâne cette nuit, quoi que je fasse ou que je ne fasse pas pour les éviter.