Mon petit nid sous les toits se révéla non seulement être un véritable piège, mais mon sang se glaça littéralement quand je m'aperçus que les regards hostiles ne m'étaient pas adressés par les seuls locataires de l'immeuble, de jeunes actifs pour l'essentiel, mais également par ceux de l'immeuble d'à côté. Je finis par m'effondrer pour de bon lorsqu'un jour, en rentrant du travail plus tôt que prévu, je croisai un jeune homme habitant dans une rue parallèle sortir de chez lui une perceuse à la main, pour rentrer à ma suite dans l'immeuble et jouer du bruit dès que j'eus refermé ma porte d'entrée. J'avais eu beau prendre toutes les précautions possibles pour ne déranger personne, et me faire le plus discrète possible également, rien n'y avait fait, et mon incompréhension quant à ce que je vivais depuis plus d'un an était totale.

   Au printemps, alors que les jours s'étiraient et l'air devenait de plus en plus doux, je les (mes voisins) entendis rire à plusieurs reprises dans le jardin commun, une odeur de merguez s'évadant du barbecue pour monter jusque sous mes fenêtres narguer mes narines. Les fins de journées se soldaient donc de plus en plus souvent par des rires et des éclats de voix auxquels je n'étais bien sûr pas invitée, alors que les nuits défilaient, pour ma part, en compagnie des mêmes inlassables réveils et cauchemars fulgurants, avant d'être réveillée de nouveau, par ce qui demeurait pour moi inconnu.

   En juillet 2014, soit neuf mois après mon emménagement sous les toits, je décidai de m'engager dans une ultime tentative de déménagement. J'étais épuisée, et avais tout juste la force de chercher un autre lieu où m'établir, mais je savais qu'il y allait de ma santé, du moins ce qu'il en restait. Après un dernier effort, je finis par tomber sur une annonce de particulier sur laquelle il était mentionné que le logement à louer n'avait aucune mitoyenneté. Là encore, je sautais sur cette occasion inespérée de peut-être pouvoir vivre normalement, sans déranger qui que ce soit, parce qu'à ce moment, je croyais encore que c'était moi qui dérangeait.

   Je visitai le logement rapidement, car aucune visite à part la mienne n'était prévue, en raison notamment du rez-de-chaussée assez ingrât où il était situé. Le logement était en effet entouré de garages, particulièrement sombre, et peu avenant d'apparence extérieure. Je n'eus donc pas trop de mal à l'obtenir, et infiniment rassurée lorsque le propriétaire m'informa qu'il y avait un grenier avec 1 m 20 d'espace vide au-dessus de ma tête avant qu'il n'y ait une quelconque communication avec les voisins du premier étage. Aussi, tout le reste du logement n'était entouré que de garages, certes, très laids, mais qui me remplirent de joie. Enfin, quand je vis qu'au dessus de ma chambre il n'y avait que le ciel, je fus conquise.

    Le cauchemar recommença dès la deuxième nuit de mon arrivée.