Aujourd'hui j'ai la crève, comme hier, comme avant-hier, et comme depuis je ne sais plus quand exactement. Ma crève, c'est un peu l'histoire d'un orage qui reste coincé entre deux montagnes, lesquelles se renvoient la balle en permanence. Le fait est que mon rhume tourne en rond, parce que son issue ne consiste pas à rester au chaud le temps que ça passe, ni de prendre un antalgique afin que le volcan qui gronde dans ma gorge arrête de me brûler. La porte de sortie de l'inflammation de mes muqueuses m'est inaccessible, on me l'interdit depuis trois ans maintenant, et je ne connais toujours pas la raison de cette condamnation à l'épuisement permanent. La guérison de ce virus saisonnier, et normalement des plus banals, c'est le sommeil. Seulement voilà, le sommeil je n'y ai plus droit.

  J'aimerais que les nuages lourds qui envahissent mon cerveau se dégagent, pour enfin sombrer dans ce que l'on nomme un cycle long, une heure trente au moins, accompagné durant les premières minutes de ces fameuses images aussi diverses que variées, se superposant à une vitesse vertigineuse, suivie d'une respiration devenue régulière, avec des muscles relâchés au moment d'atteindre ce petit bonheur du basculement dans le sommeil lent.

  J'aimerais à nouveau connaître la seconde phase, quand on passe de la somnolence au sommeil profond, être enfin coupée du monde extérieur, inaccessible, sereine, puis tomber dans le rêve comme on tombe amoureux, sans m'en apercevoir, et me réveiller avec un ronronnement de chat s'étirant longuement. Il paraît que la nuit porte conseil, à moi, elle m'arrache des cris, des cris muets parce que ma réalité est un cauchemar trop sourd pour hurler, et que la privation de sommeil est une véritable torture. Le sommeil, j'ai connu, mais je ne sais plus quand c'était, ni à quel point c'était bien.

  Parce que des individus malveillants ont décidé tout simplement d'éradiquer le repos de ma vie, je me traîne depuis comme une petite vieille, et j'ai le cerveau qui fait des trous. C'est arrivé un jour, comme ça, comme un cheveu sur la soupe, et j'ai nié longtemps avant d'accepter d'entendre ce qui dépasse l'audible. J'ai perdu du temps, à force d'errer sur mes manques, et pointer toutes mes tares. Tout ça pour m'apercevoir que je n'avais rien fait de mal. Trois ans plus tard, je continue de chercher, de peser les inconnues afin d'en retirer tout le pus maléfique, et me confondre dans les méandres d'internet pour tenter de comprendre, non pas ce que j'ai bien pu faire qui nécessite un tel châtiment, ni un tel acharnement dans la durée, mais pourquoi, et comment m'en sortir. Si ce que je vais relater ici sert ne serait-ce qu'à une seule personne, alors je n'aurais pas perdu mon temps.

Ils arrivent.